Le prince Jean d'Orléans, comte de Paris, Jean IV de France

La monarchie ne peut-elle pas encourir le reproche d’être, disons, “antidémocratique” ?

Qu’entend-on par démocratie aujourd’hui ? Si la démocratie se confond avec l’élection, il faut admettre, alors, que de nombreux organes essentiels dans l’État ne sont pas démocratiques, à commencer par le premier ministre, qui n’est pas élu, le gouvernement, dont les membres sont désignés par le chef de l’État, parfois même par les partis aux-quels ils appartiennent, le Conseil Constitutionnel, le Conseil économique et social, les préfets, les recteurs, les juges… Aucun de ceux-là n’est élu. Pas plus que les comités d’experts auxquels le gouvernement demande de trancher d’importantes questions, en matière d’environnement ou d’éthique…

 

Si l’on regarde à l’étranger, aux États-Unis que je connais bien, la Cour suprême américaine est constituée de juges nommés par le Président, avec l’approbation du sénat, certes, mais à vie. Pouvons-nous conclure de cet inventaire que ni les Américains, ni les Français ne vivent en démocratie? Non, mais alors, cela signifie que l’on ne peut pas juger des qualités démocratiques d’un régime à l’aune du seul critère électoral. Le fait que le roi échappe à l’élection ne signifie donc pas que la monarchie est un régime autoritaire. Dans la première Constitution démocratique de la France, celle de septembre 1791, acceptée par Louis XVI, le roi était d’ailleurs le représentant du peuple au même titre que l’assemblée élue.

 

Alors, qu’est-ce donc, pour vous, que la démocratie?

J’y viens. La réponse a varié au fil du temps, et même aujourd’hui, la démocratie subit des mutations. La démocratie “représentatives”, consistant à élire des représentants ( député, président de la République, etc…), apparaît généralement comme la seul forme possible de démocratie. Elle était pourtant rejetée,au XVIIIe siècle, par Rousseau, qui lui préférait la démocratie directe. La démocratie dite participative, ou encore la démocratie écologique , dont on parle beaucoup depuis le “Grenelle de l’environnement”, développent désormais des formes inédites de démocratie, où le pouvoir est dévolu non plus à des individus, mais à des groupes, qui prennent la place des élus.

 

En faite, ce que beaucoup appellent  démocratie n’est en réalité qu’un système où le peuple a le pouvoir de donner son avis, de consentir aux lois, et surtout, d’être garanti dans ses libertés : autant d’éléments qui n’excluent nullement, bien au contraire, la forme monarchique du pouvoir.

 

Pour moi, il s’agit de trouver un juste équilibre entre la représentation d’un seul, la représentation de quelques-uns, distingués par leurs mérites ou leurs compétences, et la représentation de tous. Un régime mixte: c’est d’ailleurs ce que prônait déjà saint Thomas d’Aquin au XIIIe siècle. C’est aussi ce que proposait mon grand-père, qui avait l’idée d’instituer un vaste collège composé de tous les élus – locaux, départementaux, régionaux, etc. – ainsi que des citoyens tirés au sort comme pour les jurys d’assises, qu’on pourrait consulter par référendum d’une manière simple et souple. Car l’expression de tous passe – je le répète – par le référendum, un référendum d’ailleurs plus large et plus fréquent, et par l’élection de certaines institutions, selon des modalités à préciser et suivant un rythme à définir. Il est important, là encore, de trouver un bon équilibre entre la stabilité et l’alternance.

 

La monarchie que vous appelez de vos vœux, comment la concevez-vous? A l’image des monarchies parlementaires européennes ou plus proche du système français?

Il est important que la solution retenue soit conforme au tempérament comme au génie français. Nous sommes capables de nouveauté, sachons en faire la preuve. La monarchie, telle que je la conçois, doit concilier les capacités d’arbitrage et d’impulsion. Arbitrage, car la mission du prince est de faire des choix dans un souci constant de justice. Impulsion, car il lui faut définir un dessein correspondant aux intérêts de la France comme au bonheur des Français. A quoi servirait au roi de veiller au bien commun s’il n’avait pas le pouvoir de le garantir, dans un cadre constitutionnel ? Parce qu’il incarne l’État, le roi a le devoir de fixer le cap.

 

Cette vision, c’est ce qui manque aujourd’hui au pays. Le roi définit les grandes orientations de la politique de la France. Le premier ministre retrouve alors le rôle qu’il a perdu: être l’intermédiaire entre le monarque, qui n’est pas élu, et la représentation parlementaire, issue du suffrage universel – le gouvernement étant responsable devant l’Assemblée. Cette architecture permet de concilier la durée, la stabilité, le souci du bien commun, la garantie des libertés publiques. C’est une voie véritablement française, conforme à notre génie politique. Une voie d’ailleurs expérimentée sous le règne de mon aïeul Louis-Philippe, et qui n’est pas très loin de l’architecture de la Ve République, à un détail près, bien sûr, mais qui change tout, l’élection du chef de l’État.

 

Les armes du Chef de la Maison de France, Mgr le comte de Paris,

Paroles de Monseigneur le comte de Paris

Extrait de son livre : UN PRINCE FRANÇAIS


Photo : Site de Monseigneur le comte de Paris

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