Compliquée elle l’est, cette branche des Bourbon-Orléans dont nous sommes issus. Connaître nos ancêtres nous permet de mieux comprendre d’où nous venons, mieux encore si nous parvenons à assumer leurs actes sans juger les personnes, et à les intégrer tous dans notre mémoire consciente. J’ai toujours été étonné d’entendre les références un peu trop exclusives faites par notre famille au roi Louis-Philippe. Roi moderne et libéral, protecteur et accompagnateur de la révolution industrielle et du grand patronat, ce roi bourgeois m’intéresse peut-être moins que d’autres parmi mes ancêtres. Pourtant il fut, je le sais, un bon chef d’État et il sut maintenir l’unité familiale, mais pourquoi faudrait-il oublier le Régent, dont les qualités culturelles et la créativité sont si souvent effacées ? On ne veut voir dans ce grand serviteur de la monarchie qu’un débauché, alors que l’on sait maintenant que la propagande des Bourbon d’Espagne et des Anglais ne fut pas étrangère au colportage de ces ragots. Il sut conserver avec fidélité son trône à l’enfant Louis XV.

 

Et pourquoi faudrait-il gommer de l’Histoire le duc Philippe, dit Égalité ? Puissant innovateur, s’intéressant aux découvertes scientifiques et aux idées nouvelles, il fut le premier en France, avec le Roi, à se faire vacciner, lui et sa famille, contre la variole, donnant ainsi l’exemple. En parallèle avec le roi Louis XVI, il a œuvré pour que s’établisse une monarchie constitutionnelle. Certes, il a gravement trébuché. Par lâcheté ? Emporté dans l’hystérie collective de la Terreur, il a renié, trahi et tué son Roi… Immédiatement, il l’a payé de sa tête ; mais son fils n’a pas comploté avec les émigrés de Coblence qui, eux, n’avaient « rien appris et rien oublié ».

 

Un Prince de France ne peut choisi l’avant contre l’après, l’ancien aux dépens du nouveau. Un fils de France n’opte jamais pour une France contre l’autre, il ne l’a jamais fait. Le comte de Chambord, dont on a retenu trop partialement l’amour du drapeau blanc, est aussi et surtout celui qui osa, au grand dam de ses partisans, appeler les Français à « reprendre ensemble le grand élan de 1789 ». Est-ce la couleur du drapeau, ou plutôt sans ambition royale et populaire qui fit écarter du trône ce prince capétien ?

 

N’est-ce pas le même procès que l’on nous fait parfois aujourd’hui ? Voudrait-on que nous abandonnions le principe de notre mission, que nous délaissions le souci de tous pour vaquer au confort de quelques-uns ? Que nous négligions les aspects de l’histoire qui incommodent ? Que nous refusions d’entendre les questions douloureuses qui sont posées, aujourd’hui comme hier, à la France et aux Français ?

 

La mission n’a pas changé : répondre à l’espérance de justice, traduire les exigence de la dignité, accompagner les conquêtes que l’énergie de tous comme les intérêts particuliers mènent à travers le temps en rappelant aux François perpétuellement à leurs devoirs vis-à-vis des êtres. Tenir lieu de témoin et de médiateur au titre de la Royauté de l’Homme. Se pencher sur l’histoire, étudier la géographie de son terroir, c’est retracer les grandes lignes de force de sa propre identité, c’est assumer son passé, c’est aussi chercher à comprendre le pourquoi des comportements. Parmi les questions qui frappent à ma porte, il en est une qui me taraude : pourquoi tant de gens détestent-ils, haïssent-ils encore aujourd’hui les Bourbon- Orléans ? Du moins le disent-ils…

 

De nombreux raisonnement servent peut-être à dissimuler une vague inquiétude : « Que deviendrions-nous si la société que nous connaissons venait à changer ? Nous aimons nos ides ; pourquoi les Orléans voudraient-ils, par les valeurs auxquelles ils se réèrent, nous remettre en question ? »…

 

Le premier argument prend pour objet Philippe duc d’Orléans qui vota parmi les régicides. Mais peut-on sincèrement, deux cents ans après, alors que les chefs de la Maison de France ont à plusieurs reprises exprimé combien cet acte leur faisait horreur, reprocher aux héritiers de ce prince la faute de leur ancêtre ? Les mêmes craignent de la part des Bourbon-Orléans l’esprit novateur, l’anticonformisme et la turbulence qui leur a fait souvent préférer à la tranquillité conservatrice les conquêtes et les risques des découvertes à venir. Ces princes, proches du pouvoir, en connaissant les arcanes mis n’en assumant pas la responsabilité à l’exception du Régent et du roi Louis-Philippe, ont eu, du fait de ce recul, la faculté de canaliser, au profit de la France, l’œuvre de savants, pionniers et artistes, et, à presque toues les époques, ont su ainsi faciliter la diffusion des idées nouvelles. D’autres enfin s’étonnent qu’une famille cadette, si souvent contestataire de l’ordre officiel, devenue à présent l’héritière du symbole, envisage de l’intégrer organiquement dans la modernité sans rien rabattre du mystère royal. En fait, nous savons, je le crois, su partager avec les Français le meilleur et le pire de ces derniers siècles.

 

Un très ancienne prophétie indienne relate : Au commencement des temps étaient les prêtres, chargés de l’harmonie de la terre avec le ciel. Immédiatement derrière eux était le Roi, chargé des affaires terrestres. Après, venaient les guerriers, puis les commerçants et enfin, le peuple. Le Roi se dit un jour : Je puis me passer des prêtres et réunir dans ma seule main la totalité du pouvoir. Et il les fit tuer. Les guerriers réfléchirent et dirent : Le Roi a pu se passer des prêtres, nous pourrons bien nous passer du Roi et assumer le pouvoir. Ils le firent donc disparaître. Les commerçants s’agitèrent, puis ils se concertèrent et conclurent : Pourquoi eux et pas nous ? Ils éliminèrent alors les guerriers. Ce que voyant, le peuple maintenant désuni et grondant fut saisi du vertige de la violence, et cette foule hurlante devenue « chienlit » extermina les commerçants jusqu’au dernier. Cette ère maudite est nommée kali yuga par les Hindous.

 

Si, héritiers de la vocation royale à la fin de ces temps, il nous est demandé de rassemble les énergies pour réduire la fracture historique de notre pays, plus que jamais demeurons à la pointe de la modernité et ne cessons pas de poser des questions au risque de déranger parfois des acquis figés dans la certitude, et ce, afin de vivifier la tradition.

 

Monseigneur le comte de Paris, de jure Henri VII de France

“À mes fils” aux éditions Albin Michel

www.leblogducomtedeparis.fr

 

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