La France commémore les batailles perdues de 1940. Dans la mémoire nationale, ce sont les mots et les images du désastre qui s’imposent : la percée de Sedan, les plages de Dunkerque, les routes de l’exode, la signature de l’armistice.

 

Sur cette dure réalité, un trop plein d’idées reçues a été déversé dès juillet 1940 et bien après la guerre. Aujourd’hui encore, l’histoire de la première bataille de France reste encombrée de clichés et d’erreurs de perspective. Ceci malgré les travaux des historiens français et étrangers qui ont, au fil des années, détruit la légende noire de cette déroute.

 

En hommage aux combattants de 1940, je veux rappeler des vérités qui gagneraient à être mieux enseignées et commémorées.

 

Ces vérités appartiennent à l’histoire de la Maison de France puisque mon grand-père le comte de Paris s’était engagé dans la Légion étrangère en juin 1940 pour combattre l’ennemi. C’était pour lui la seule manière de servir, faute d’avoir été accepté dans l’armée française en raison de la loi d’exil – qui n’avait pourtant pas empêché le gouvernement de l’envoyer en mission diplomatique en Italie, Grèce, Bulgarie et Yougoslavie pendant la drôle de guerre !

 

Ces vérités appartiennent à l’ensemble des Français, qui peuvent regarder avec fierté ce moment tragique de leur histoire. Le peuple français n’était ni résigné ni amolli, mais résolu. Notre pays, sorti grandi après le traité de Versailles, se trouvait en 1940 face à un nouveau monde où la diplomatie ne faisait plus effet. Mais la France se réarmait depuis 1935 et elle disposait en mai 1940 d’une excellente artillerie, d’une flotte puissante, de divisions blindées bien équipées et supérieures à celles des Allemands, d’appareils de chasse et de bombardement remarquablement efficaces. Il est vrai que certains d’entre eux étaient anciens et que nos chars présentaient des défauts, mais notre production de guerre venait compenser rapidement nos faiblesses.

 

La puissance de notre appareil militaire et la combativité des soldats français, tout comme celle de nos alliés, se sont vérifiées dans les combats acharnés de mai et de juin – sur le territoire belge lors des batailles de Hannut et Gembloux, à Stonne dans les Ardennes, à Moncornet et devant Dunkerque, sur l’Aisne, la Somme et la Loire, en Norvège, dans les Alpes face aux Italiens. En quarante-cinq jours de combats, près de cent mille de nos soldats sont tombés au champ d’honneur – deux à trois fois plus que nos pertes moyennes pour une période équivalente pendant la Première Guerre mondiale. Les généraux allemands reconnurent que les Français s’étaient battus « comme des lions » selon la formule de l’un d’entre eux.

 

L’offensive allemande du 10 mai est l’acte final d’une tragédie qui trouve son origine dans la doctrine défensive de l’Etat-Major et dans une diplomatie timorée. L’idée de la “guerre éclair” a, en somme, empêché notre armée de combattre encore, alors qu’elle en avait la possibilité, sur le sol métropolitain ou depuis l’Afrique, avec l’appui de notre marine intacte et des forces subsistantes de notre aviation.

 

Mais la guerre est aussi un acte politique, et il faut un gouvernement pour la gagner. En 1940, la France ne manque pas d’hommes politiques de bonne stature, mais aucun ne devient l’homme du recours pour la nation en péril alors que Winston Churchill, dans un pays où les élites expriment des doutes et connaissent des conflits semblables à ceux qui traversent nos milieux dirigeants, s’impose comme chef politique d’une guerre qu’il pense déjà à l’échelle du monde.

 

Le général de Gaulle entre trop tard au gouvernement, et à un rang trop modeste pour y jouer le rôle salutaire qui commencera d’être le sien, douze jours plus tard, à Londres. Sa tradition familiale, son expérience d’officier, ses réflexions sur l’histoire lui montrent le chemin : si la guerre est un acte politique, il faut que celui qui incarne cette politique confirme ou affirme sa légitimité par son entier dévouement à la patrie et par l’inflexible rigueur de ses choix. Le pouvoir est une épreuve pour soi-même, qu’il faut savoir l’affronter dans l’espérance à l’heure des grands périls.

 

Jean, comte de Paris
Domaine royal de Dreux, le 25 juin 2020


 

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