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Mon grand-père, le défunt comte de Paris, me l’a souvent répété : “Pour moi, le roi est justice et amour.” Ce n’était pas une simple “profession de foi” dictée par un tempérament aimable. Si la justice est la première des fonctions régaliennes, c’est que le besoin de justice est la plus pressante nécessité du peuple.  C’était aussi, pour les Capétiens, la garantie de leur pérennité, car “il n’y a pas d’autorité sans justice, ni de justice sans amour, poursuivait mon grand-père. Du peuple au roi, du roi au peuple, c’est par cette voie que monte le loyalisme et que descend la contrepartie d’autorité, celle qui permet l’efficacité gouvernementale dans le respect des libertés individuelles”. C’est bien ainsi que je vois les choses : la justice est le fondement du consentement populaire et, par conséquent , de l’autorité véritable. C’est parce que les Capétiens incarnaient le recours contre les abus des grands ou des parlements que la monarchie s’est maintenue pendant plusieurs siècles en France. Le roi était “l’universel refuge”. C’est vers lui que le peuple se tournait pour réclamer justice. “La monarchie a le souci constant des faibles et des opprimés et ne se reconnaît d’ennemis que les ennemis du peuple” disait mon grand-père.

Notre époque est-elle en accord avec la justice ? Malheureusement je ne le crois pas. Nous parlons beaucoup des droits de l’homme, mais nous vivons un temps d’injustice où la défense des intérêts particuliers a pris le pas sur la défense des personnes et de ce qui fait leur bien commun. La concurrence aveugle entre les droits de chacun a ruiné la notion même de ce qui est juste. Tant d’injustice ne peut qu’engendrer de grands désordres.

Je suis convaincu que la justice ; tout comme le pouvoir ; souffre surtout d’avoir été désacralisée. Songez un instant au pouvoir des magistrats : ils décident de la liberté, de la réputation, des moyens d’existence de ceux qui comparaissent devant eux. Ils disposent de tout sauf, aujourd’hui, de leur vie. C’est un pouvoir immense, borné par les lois, heureusement ! Mais il me semble qu’on ne peut exercer cette charge sans être convaincu du caractère sacré de la personne humaine. Nous avons malheureusement banni de notre réflexion toute idée de transcendance, en France au moins. Il nous reste des règles, mais combien de temps saurons-nous encore quelle est leur source et pourquoi nous les appliquons ? Je me rappelle une réflexion très frappante de Soljenitsyne. Il disait : “Lorsque le monde est entré dans l’ère juridique et a peu à peu remplacé la conscience par la loi, son niveau spirituel a baissé.” Ce n’est pas une bonne nouvelle pour les justiciables, car la justice ne peut pas se réduire à la procédure.

 

Armes du prince Jean de FranceParoles de Jean de France, Duc de Vendôme,

dans : Jean de France UN PRINCE FRANÇAIS

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