La Monarchie, une nécessité politique : le Roi, arbitre-né

Confier la magistrature suprême à un roi qui s’est juste donné la peine de naître, n’est-ce pas injuste ? Notre République nous a habitué à élire notre Chef de l’État et voir cette responsabilité nous échapper au profit du hasard peut paraître frustrante : mais en nous ôtant ce choix, n’est-ce pas, en fait, le meilleur moyen de concilier tout le monde sans diviser sur des noms de partis ou de personnalités dont la plus grande dépense d’énergie est consacrée à « devenir calife à la place du calife », sans beaucoup d’égard pour la fonction qu’ils veulent occuper, ou à soutenir celui de leur « clan » qui les représentera à la tête de l’État. Quand l’Etat est ainsi la proie des ambitieux, il est trop certain que la légitimité et l’efficacité, voire la crédibilité de l’État, ne peuvent qu’en souffrir, au risque de ne plus pouvoir s’imposer au-dessus des « diversités » politiques, économiques ou culturelles, voire communautaires  ou ethniques.

Tout l’intérêt de la Monarchie est, de par sa nature dynastique, de libérer la magistrature suprême de l’Etat de ce genre de querelles qui lui font perdre en autorité et, parfois, lui font rêver d’autoritarisme… L’Espagnol Miguel Herrero de Minon, dans un article célèbre de la revue « Pouvoirs » paru en 1996, y voit la condition nécessaire pour permettre l’intégration politique des citoyens à la nation et à ses formes politiques (qu’elles soient démocratiques n’est pas là ni le problème ni l’intérêt premier) :
 
« Cette intégration (…) est le processus permanent qui donne vie au corps    politique en réduisant la pluralité sociale à l’unité existentielle. (…) La monarchie est un facteur d’intégration à la fois symbolique et personnel, dans lequel existe toujours la dualité des « deux corps du roi », selon la conception médiévale analysée par Kantorowicz. (…)  Le symbole ne sert pas à penser. Il donne à penser ou, mieux encore, il donne à être. Dans ce cas, l’être de l’existence  politique. Mais il existe aussi dans la royauté  un autre facteur d’intégration personnelle :  le fait que le roi, en tant que personne physique, est l’objet de loyauté, non pas comme c’est le cas du dirigeant charismatique (…), car « quand on acclame le souverain, on n’honore pas une personne déterminée », mais il s’agit plutôt de l’action d’ « auto-conscience » d’un peuple politiquement uni. Le sens donc du chef d’État monarchique est fondé sur la représentation et l’incarnation de l’unité politique du peuple, comme c’est le cas pour les couleurs et les hymnes nationaux ».
 
 Ainsi, le fait que le roi soit l’un des maillons d’une chaîne de générations qui se succèdent lui donne une aura que n’ont pas les élus d’une République qu’ils n’incarnent qu’imparfaitement aux yeux de ceux qui les ont mandatés contre ceux qui les ont (électoralement) boudés… Un roi en exercice est plus qu’une personne, il est aussi ceux qui l’ont précédé et ceux qu’il précède, comme le faisait remarquer un diplomate anglais à propos de la reine Elisabeth II ; en même temps, il est différent d’eux car il est d’un temps précis, d’une génération donnée et il peut être sensible à des modes auxquelles son prédécesseur n’accordait que peu d’importance ou, même, combattait…
 Ainsi, de par cette naissance et cette charge royale qu’il n’a pas choisi, qu’il  subit (comme le fera remarquer Louis XVI qui, d’ailleurs, ne se défaussera pas au moment d’affronter son fatal destin) et qu’il assume, le roi incarne l’unité, autant spatiale, sociale qu’historique, de la nation : il n’a pas de comptes à régler avec les uns ou les autres ni de clientèle à récompenser ; il est le trait d’union entre toutes les diversités et il se pose même en garant de leur existence et affirmation sans qu’elles menacent l’unité et l’équilibre de l’ensemble, du « vivre-ensemble » ; s’il peut avoir des préférences personnelles, son rôle n’est pas de favoriser mais d’arbitrer en toute indépendance, de rappeler les règles établies avant lui ou en son règne.
Cela ne fait pas du monarque un « surhomme » ou un être infaillible, mais seulement un magistrat suprême qui, n’étant pas dans la mêlée parlementaire ou électorale, peut, par sa présence et son autorité reconnue (même si elle ne le sera sans doute vraiment qu’au deuxième ou troisième règne après l’instauration de la Nouvelle Monarchie, étape délicate de la reconstitution du lien jadis tranché), être l’homme des recours et des « compromis » entre adversaires de la veille : là encore, la Monarchie n’est pas un remède miracle à toutes les crises politiques ou sociales, mais la Médiation par excellence et la Décision pour toutes les « grandes affaires », intérieures et extérieures, du royaume.

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