Au-delà du Roi, la Monarchie c'est une famille royale

Il est aussi un élément qui fait de la Monarchie royale et non-élective une « valeur ajoutée » pour le pays, c’est son caractère familial : le roi n’est pas un homme seul, il est à la fois fils et père, et c’est la reine qui « fait » le roi, en son sein, montrant que ce régime est, là aussi, le plus naturellement, le plus rigoureusement « humain ». Cela permet aussi une certaine diplomatie familiale comme on peut le voir avec les monarchies anglaise et espagnole, par exemple : comme le faisait remarquer le très républicain Régis Debray il y a quelques années,  « la famille royale britannique n’est pas pour rien dans les succès de longévité du Commonwealth, qui font réfléchir tant de partisans d’une Communauté francophone mondiale,  cette famille d’orphelins épars, sans force car sans prestige ni représentation »,  et il ajoutait  « Il manque à la République une famille royale »

Si l’on regarde de l’autre côté des Pyrénées, on peut aussi constater que la famille royale joue le même rôle de représentation diplomatique qui permet à l’Espagne de jouer son jeu sur le continent américain, et de jouer un rôle d’arbitre dans certains domaines entre pays de langue hispanique, mais aussi de marquer la solidarité de l’Espagne avec ces mêmes pays lors de catastrophes naturelles en y envoyant des membres de la famille royale. Sans oublier la forte symbolique nationale lors de certaines compétitions internationales : la présence de la reine Sophie et de son fils, le futur roi d’Espagne, à la finale du Mondial de juillet 2010 n’est pas passé inaperçue et les Sud-Africains étaient très fiers de cette représentation royale du pays vainqueur ! Mais le roi Juan Carlos joue lui-même cette partition de représentation et, parfois, d’arbitrage entre pays américains : ainsi, même à l’extérieur de son pays, le roi d’Espagne est considéré comme le meilleur et le plus impartial des arbitres, comme celui dont la parole et la décision peuvent dénouer un conflit diplomatique parce qu’il est à la fois indépendant des parties en présence et considéré comme l’autorité morale la plus importante de l’ « hispanidad » (l’hispanité, ou l’espace hispanique d’Amérique dans ce cas). En somme, il joue le rôle moral (et, en fait, éminemment politique même s’il ne s’agit pas de la politique politicienne ou parlementaire) que peut jouer le souverain du Commonwealth (aujourd’hui la reine Elisabeth II), et cela dans la sphère d’influence d’un monde hispanique qui tient une place de plus en plus importante sur la scène américaine, y compris, d’ailleurs, états-unienne. Bien plus que le simple souverain de la seule Espagne, le roi Juan Carlos est considéré comme l’arbitre, le médiateur possible et historiquement « naturel » entre les nations hispaniques. Il est vrai que, depuis le rétablissement de la Monarchie en Espagne après la mort du général Franco, la famille royale n’a cessé de renouer et de resserrer ses liens historiques et politiques avec ses anciennes colonies et d’apparaître comme un facteur d’équilibre sur le continent américain, en particulier face au géant états-unien, et cela quels que soient les aléas et les alternances de la politique intérieure espagnole.

Il y a là, sans nul doute, une réflexion à mener pour notre propre pays et la possibilité formidable qu’assurerait, sur la scène internationale et en particulier dans l’espace francophone de nos anciennes colonies aujourd’hui indépendantes et amies, la présence d’une famille royale. Imaginons, à la suite des propos de Régis Debray et à la lueur des exemples précédents, les avantages de donner, par l’instauration d’une Monarchie royale et dynastique en France, une vraie famille à la Communauté francophone mondiale, une famille qui représente et qui défende les intérêts de la francophonie et des pays qui y sont attachés, en Amérique comme en Afrique. A voir les efforts de la diplomatie élyséenne pour « singer la Monarchie », avec cette mise en avant (intelligente d’ailleurs sous des aspects de mondanité frivole) de la nouvelle femme du président dans une conception toute prestigieuse du Pouvoir, quasi monarchique, il apparaît qu’il serait plus simple de faire directement appel au régime qui peut le mieux, dans le temps comme dans l’espace national et international, « être la France ». Oui, Régis Debray a raison, « il manque à la République une famille royale », et il serait dommage de trop faire attendre la France et tous ceux qui espèrent en elle, au-delà des mers et des terres : vite, qu’advienne la Monarchie pour que, dans les tempêtes qui s’annoncent, la France redevienne cette puissance, non pas seulement d’influence, mais de décision et d’action dont Georges Bernanos disait que le monde l’attend.

 

Jean-Philippe CHAUVIN

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