Thibault Gandouly a eu la bonne idée de consacrer une biographie au comte de Paris, petit-fils de Louis-Philippe et chef de la maison de France en 1894 après la mort de son cousin Henri V, comte de Chambord. Un livre bien documenté, fouillé et agréable à lire (Philippe d’Orléans, comte de Paris aux éditions: Via Romana).

 

Né le 24 août 1838, Philippe devient l’héritier de la couronne à quatre ans après la mort accidentelle de son père en 1842. Arrive la révolution de février 1848, il faut quitter la France. Grâce à sa mère, le comte de Paris reçoit une éducation moderne, très ouverte sur le monde. Le Prince sera, entre autres, sensibilisé à la question sociale : dans les années 1870-1890, il publiera deux livres sur ce sujet. Après plusieurs voyages, dont un au Proche-Orient, il sert comme capitaine d’état-major dans l’armée nordiste, lors de la guerre de Sécession. En 1864, le prince épouse sa cousine Isabelle, fille du duc de Montpensier.

 

Après la chute de Napoléon III et de Thiers, la voie est ouverte pour une restauration : il est temps d’entreprendre la réconciliation entre les branches aînée et cadette. Ce qui est fait en 1873. On connait la suite, « Le grand refus du comte de Chambord », la perte d’influence du parti royaliste. Dans l’attente de son arrivée à la tête du parti, Philippe dirige prudemment ses troupes, hanté par la crainte d’une expulsion de France. C’est un homme grand, mince et élancé, cheveux bruns, regard bleu. Il a le caractère doux et calme, peu démonstratif. Très intelligent, il travaille dur. Thiers disait : « Je ne le connaissais pas. Je le connais maintenant ; c’est un rusé, un ambitieux et celui de tous les princes de la famille dont il faudra le plus se méfier. »

 

Cependant, ses qualités sont un peu contrariées par la crainte de l’exil. Il entreprend une politique de présence au milieu des Français, reçoit des responsables politiques de tous bords, notamment des républicains modérés. Henri V décède le 4 août 1883, sans enfant. Le comte de Paris devient alors le chef de famille et prend le nom de Philippe VII, s’inscrivant dans la lignée de la royauté française. La majorité des légitimistes reconnait le nouveau prince ; la fusion des deux courants permet de réorganiser complètement le parti et d’attirer à lui des bonapartistes déçus et quelques républicains conservateurs. Car Philippe VII sait qu’il ne pourra pas faire la monarchie sans l’appui de gens extérieurs à son camp.

 

Les élections législatives de 1885 voient les royalistes et les conservateurs revenir en force à la Chambre. Cela inquiète les républicains qui organisent l’expulsion de France des prétendants royaliste et bonapartiste en 1886. Philippe VII s’installe alors en Angleterre. Mais l’éloignement, de mauvais conseils, de mauvais choix politiques vont ruiner les espoirs royalistes, notamment la désastreuse alliance avec le boulangisme aux élections de 1889, à laquelle Philippe donne son aval sans enthousiasme. C’est ce que Thibault Gandouly appelle « la marche parallèle », ce que d’autres appelleront la politique du «drapeau dans la poche».

 

Avant les élections, le Prince publie une « Instruction aux représentants du parti monarchique en France », dans lequel il offre la vision d’une royauté moderne : l’instauration d’un nouveau pacte national entre la dynastie et les Français ; le suffrage universel sera la source de la représentation nationale. À côté de la Chambre des députés, le Sénat réunira les représentants des grandes forces et des grands intérêts sociaux. Éclairé, guidé mais non asservi aux chambres, le roi gouvernera avec le concours des Chambres. Les ministres pourront ainsi travailler dans la durée. Ces nouvelles institutions remettront de l’ordre dans les finances, dans l’administration, donneront plus d’indépendance à la justice. Elles aideront la France à reprendre son rang en Europe. Le prince rétablira la liberté religieuse, restituera aux communes la liberté scolaire, confiera l’armée à un chef suprême à l’abri des fluctuations politiques ; il améliorera la situation sociale de la population… Placé au dessus des partis, le Roi sera « le gardien suprême de la loi devant laquelle tous seront égaux».

 

Catastrophique, le résultat des élections de 1889 provoque une violente crise interne dans les rangs royalistes. Elle s’accélère avec la tentative de création d’un parti constitutionnel rallié à la République, une tentative pour écarter le prince au profit de son fils le duc d’Orléans (affaire dite du « Prince gamelle ») et, coup de grâce, l’appel aux catholiques à se rallier à la République. Malade depuis 1889, Philippe VII décède le 8 septembre 1894, après un nouvel échec grave aux élections de 1893. « Il aurait été un bon roi », dira de lui le républicain Jules Simon. Il laisse à son fils, Philippe VIII, un parti royaliste presque mort.

 


Marc Desaubliaux,

Aidez-nous à faire connaître cet article en le partageant sur les réseaux sociaux.