Ordre royal et militaire de Saint-LouisL’ordre royal et militaire de Saint-Louis est le tout premier ordre de chevalerie d’essence démocratique de l’histoire de France. Il fut créé par Louis XIV, le 5 avril 1693, pour récompenser les officiers nobles et roturiers les plus valeureux.

La première promotion fut signée le 8 mai 1693. Elle comprenait 8 grands-croix (dont Vauban), 24 commandeurs et 128 chevaliers (dont le maréchal d’Estrées). Á partir de cette date, l’histoire de l’Ordre se confond avec l’histoire militaire de la France, regroupant de grands noms à côté de ceux qui n’ont pas franchi le temps et fut un des moteurs de l’effort militaire qui caractérisa les trente dernières années du règne du Louis XIV. Pour en préserver toute la valeur, le Roi-Soleil le distribua avec une sage parcimonie : moins de 2000 croix.

D’essence démocratique, l’ordre de Saint-Louis ne fut pas concerné par le décret du 30 juillet et la loi du 6 août 1791 qui abolissaient les ordres royaux. Renommé ” Décoration militaire ” et fondu avec l’institution du Mérite militaire créée en 1759 par Louis XV en faveur des officiers protestants étrangers, il fut adapté aux exigences du temps : son serment et les clauses religieuses d’admission furent abrogées. Malgré ces mesures, le décret du 15 octobre 1792 le supprima et celui du 19 novembre 1793 déclara suspect tous les citoyens qui n’auraient pas déposé leur croix aux municipalités. L’Ordre continua cependant d’être distribué en émigration par le comte de Provence, d’abord au nom de Louis XVII, puis en son nom propre, Louis XVIII, à la mort du Dauphin (8 juin 1795).

La charte du 4 juin 1814 rétablit en France les ordres royaux tout en conservant la Légion d’honneur. Louis XVIII s’efforça de donner la prééminence sur celle-ci à l’ordre de Saint-Louis par l’éclat des promotions et les préséances accordées. Par ailleurs, soucieux de rallier les cadres impériaux, comme de récompenser les fidèles des mauvais jours, il multiplia les nominations dans les premiers temps de son règne, puis, en 1820, durcit les conditions d’admission en portant à vingt-quatre ans les annuités nécessaires pour entrer dans l’Ordre. En vain. Dans le cœur des Français, la Légion d’honneur, auréolée de l’épopée impériale, était placée au-dessus de l’ordre de Saint-Louis et les officiers persévéraient à la demander.

Juste avant son abdication (2 août 1830), Charles X signa les dernières promotions en faveur de trois officiers pour leur conduite lors de la prise d’Alger. Ces derniers ne furent jamais reçus. Par la charte constitutionnelle du 14 août 1830, Louis-Philippe, roi des Français maintint la Légion d’honneur, en ne faisant aucune allusion aux ordres royaux..Il ne distribua donc pas l’ordre de Saint-Louis, mais en autorisa le port . L’ordre petit à petit rentra en désuétude et fut officiellement abolie lors de la proclamation de la II République.

L’organisation de l’ordre :

L'organisation de l'ordreL’ordre de Saint-Louis illustre une transformation profonde des principes mêmes des ordres de chevalerie. Les seuls titres exigés du futur chevalier étaient sa vaillance assortie d’une durée déterminée de services (dix ans) et le nombre de récipiendaires était illimité. L’attribution à titre exceptionnel de la croix de Saint-Louis pour action de bravoure n’apparut qu’en 1779 dans un édit de confirmation de l’Ordre émanant de Louis XVI. Toutefois, cette institution à caractère démocratique porta toujours la marque de son temps : nul ne pouvait entrer dans l’Ordre s’il n’était officier et de religion catholique. Et en 1750, Louis XV édicta qu’un chevalier de Saint-Louis roturier pouvait être anobli dès lors qu’il comptait deux ascendants en ligne directe décorés de même. Afin de tenir en haleine le mérite et de nuancer la marque d’honneur en fonction de l’importance des services rendus, une diversification fut introduite au détriment du principe chevaleresque d’égalité entre les membres de l’Ordre : un nombre restreint et étroitement contingenté de commandeurs (24 à l’origine, augmenté progressivement et porté à 80 en 1779) et de grands-croix (8 à l’origine, augmenté progressivement et porté à 40 en 1779) vint compléter les rangs des chevaliers, dont les distinguait le mode d’arborer l’insigne. Les chevaliers le portaient à la boutonnière, les commandeurs en écharpe, et les grands-croix avec une plaque. Selon les statuts de création, tous les membres de l’Ordre devaient être pensionnés. Dans la pratique, pour limiter les conséquences économiques de cette règle, Louis XIV limita l’application de cette mesure dès 1694.

 

Le roi, en tant que chef souverain et grand maître, nommait les chevaliers parmi les candidats proposés à l’admission, les commandeurs parmi les chevaliers et les grands-croix parmi les commandeurs. Nul ne pouvait être admis dans l’Ordre qu’avec le grade de chevalier, sauf les princes de sang royal. Une fois nommé, le candidat recevait une lettre d’avis. Muni de celle-ci, il devait être reçu par le roi ou un membre de l’Ordre agréé par lui. Au cours de la cérémonie, il jurait de vivre et mourir dans la religion catholique, de rester fidèle au roi, de défendre ses droits et ceux de la Couronne, et conformément à l’éthique chevaleresque médiévale, de se comporter ” en tout comme un bon, sage, vertueux et vaillant chevalier “. Puis le roi ou son représentant frappait le chevalier d’un coup de plat de son épée sur chaque épaule, lui donnait l’accolade en prononçant la phrase : ” Par Saint-Louis, je vous fais chevalier “, et enfin lui remettait la croix. Au terme de la cérémonie, une mention spéciale était inscrite sur le repli de la lettre d’avis, qui faisait alors office de brevet. Les diplômes avec encadrement et armoiries imprimées n’apparurent que sous la Restauration (ordonnance du 22 mai 1816). L’ordre de Saint-Louis, gage de services éclatants et fidèles, est la première manifestation d’un changement dans la philosophie des ordres princiers. Á ce titre, il est à l’origine d’une évolution qui, après la tourmente révolutionnaire, permettra la création d’un ordre de mérite universel, et moderne, capable de traverser l’histoire pour être aujourd’hui encore la principale référence en matière de distinction : la Légion d’honneur. De fait, Bonaparte s’en inspira très largement, en lui empruntant notamment deux principes fondamentaux : la graduation et l’avancement par étapes dans la hiérarchie.

 

 

Les Insignes de l’ordre :

avers018012icoL’insigne de l’ordre de Saint-Louis reprenait la forme générale des croix des ordres royaux, à savoir une croix de Malte ornée au centre de motifs spécifiques. L’avers est orné de l’effigie en pied de Saint-Louis cuirassé d’or, couvert d’un manteau bleu fourré d’hermine, tenant de la main droite une couronne de laurier et de la main gauche les reliques de la Passion, posée sur un fond d’émail rouge parsemé de clous et entouré d’un listel bleu portant la légende entourée de la légende ” Ludovicus instituit 1693 “.

Au revers, la devise de l’Ordre due à Boileau : Bellicae virtutis praemium (récompense de la vertu militaire) environne une épée en pal passée dans une couronne de laurier. C’est la première fois qu’apparaissent le nom du fondateur et la date de création sur l’insigne d’un Ordre. Cette nouveauté fit école en Europe. Au fil du temps, les motifs centraux lièrent de plus en plus étroitement la décoration au fondateur, Bonaparte couronnant cette évolution par la décision de placer sa propre effigie au centre de la Légion d’honneur.

 

 

Ruban:

le rubanLe ruban de l’Ordre est ” couleur de feu “. Le ruban des chevaliers, simple à l’origine, s’orna d’une rosette, d’abord réservée aux chevaliers pensionnés. L’édit de 1779 accorda le droit aux chevaliers nommés pour action d’éclat à titre exceptionnel de porter le ruban rouge rayé de blanc. Ce privilège fut peu utilisé. La couleur rouge fut reprise par la Légion d’honneur et l’usage de la rosette fut adopté par les officiers de l’ordre impérial. Jusqu’à sa mise en sommeil, l’Ordre exigea la restitution des insignes après le décès des titulaires.

 

 

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