L'ordre du Saint-EspritL’ordre du Saint-Esprit fut pendant les deux siècles et demi de son existence, l’ordre de chevalerie le plus brillant et le plus prestigieux de l’ancienne monarchie française. Henri III, roi de France et de Pologne, fonda l’ordre et milice du benoît Saint-Esprit en décembre 1578 . L’ordre était destiné à fortifier la foi catholique et à restaurer le royaume déchiré dans sa splendeur; le roi voulait ainsi raffermir ses liens avec une noblesse turbulente et pallier la décadence de l’ordre de Saint-Michel.

Le Saint-Esprit fut choisi comme patron par Henri III en souvenir de son accession aux trônes de Pologne, puis de France un jour de Pentecôte. Bien que cet ordre soit initialement réservé aux plus hauts dignitaires du royaume, le roi Henri IV permit à un nombre restreint de monarques et de grands seigneurs étrangers de confession Catholique, d’y entrer. À leur baptême, les fils de France (et même les infants d’Espagne) recevaient le cordon et la plaque de l’ordre, mais n’étaient reçus chevaliers qu’après leur première communion. Chef et souverain, grand maître des ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit, le roi n’avait le droit de conférer le Saint-Esprit qu’après son sacre, mais Henri IV, Louis XIV et Louis XV, ainsi que Louis XVIII passèrent outre .

Supprimé en1791 pendant la Révolution française, l’ordre du Saint-Esprit fut officiellement rétabli en 1814 par le roi Louis XVIII qui y fit entrer les maréchaux et les hauts dignitaires de la France Napoléonienne. L’ordre fut définitivement aboli par le roi Louis-Philippe en 1830. Par la suite, il est devenu un ordre dynastique français et fut porté ainsi que conféré par les prétendants au trône. Aujourd’hui le Comte de Paris, Henri VII , en est le 19eme « chef et souverain grand maitre ».

Organisation de l’ordre

L’ordre est doté de la personnalité morale, ce qui permet notamment au souverain de l’utiliser pour lever des emprunts. La direction en est réservée au roi, qui en est le souverain grand maître. L’administration de l’ordre est confiée à plusieurs officiers, dont les plus élevés portent le titre de commandeur de l’ordre. On distingue plusieurs classes de membres :

  • les chevaliers: au nombre de cent, ils sont choisis parmi la plus haute noblesse du royaume. Le roi peut choisir théoriquement tout noble prouvant trois degrés de noblesse; néanmoins les membres des familles ducales sont parmi les plus représentés dans les rangs des chevaliers. Les chevaliers du Saint-Esprit sont également chevaliers de Saint-Michel, ce qui fait qu’on les nomme le plus souvent : Chevaliers des Ordres du Roy.
  • les commandeurs: ils s’agit d’ecclésiastiques, au nombre de huit. L’Ordre devait compter à l’origine quatre cardinaux ou archevêques et quatre évêques, mais ce ratio ne fut pas toujours respecté. Le grand aumônier de France était commandeur-né de l’ordre et n’était pas donc pris en compte dans les huit.
  • les commandeurs officiers : il s’agit des quatre plus hauts officiers de l’Ordre. Ils étaient assimilés en dignité aux chevaliers et étaient comme eux chevaliers de Saint-Michel. Les quatre commandeurs officiers étaient :
    • le chancelier et garde des sceaux
    • le prévôt et maître des cérémonies
    • le grand trésorier
    • le greffier

Il n’existait aucune condition de noblesse pour les officiers, ce qui fait que le roi pouvait utiliser ces fonctions pour honorer des personnes récemment anoblies. Les exemples les plus connus sont ceux de Colbert et de Le Tellier

 

Habit et insignes de l’ordre

L’insigne de l’Ordre ressemble à une croix de Malt. Elle possède quatre branches, terminées par huit pointes boutonnées; entre chaque branche se trouve une fleurs de lys. Au centre de la croix, est posée une colombe aux ailes déployées et à la tête dirigée vers le bas. Lors des cérémonies, la croix des officiers et des commandeurs officiers était attachée à un collier formé de fleurs de lys et de différents motifs dorés. Plus généralement, la croix était suspendue à un large ruban de couleur moirée bleu d’où le surnom de « cordon bleu » aux chevaliers qui la portaient, demeuré en langage courant un signe d’excellence. Les chevaliers le portaient en écharpe sur la poitrine et les commandeurs en collier. Les chevaliers et commandeurs officiers portaient en outre une croix du Saint-Esprit brodée sur la poitrine.

Lors des cérémonies, les chevaliers portent un grand manteau de velours noir garni d’un mantelet de toile d’argent. Le jour du chapitre de l’ordre, le 1er janvier, les novices portent un habit en étoffe d’argent que commente ainsi le duc de Croÿ :

Un vêtement de novice très beau et très singulier : c’est l’habit de fête de la cour de Louis XIII, qui tient de celui d’Espagne du même temps. Il est remarquable et conviendrait à des hommes jeunes et bien faits, malheureusement, il ne sert qu’à des gens d’un âge relativement avancé.

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