Loi d'Exil de 1886, quand la République tremble devant le Comte de Paris

La IIIème République vit dans le fantasme quotidien des complots monarchistes ou bonapartistes, surveille la famille Royale comme Impériale, qui, par ailleurs se détestent cordialement. Sur le plan politique, Philippe VII de France est plus actif que le Prince Victor Napoléon Bonaparte. Il échappe même à un attentat anarchiste en Mars 1884. Mais bien que les monarchistes occupent le terrain politique ce sont pourtant les bonapartistes qui rassemblent le plus d’élus au parlement. Aux élections du 14 et 28 Octobre 1877, 104 bonapartistes sont élus face à 44 orléanistes et 11 légitimistes.

Le 14 Mai 1886, le Comte de Paris de jure Philippe VII de France fiance sa fille la Princesse Amélie à l’héritier du trône portugais, Dom Carlos de Bragance. Tout le corps diplomatique est invité aux fiançailles sauf le Ministre des affaires Étrangères et Président du Conseil de la République, Charles de Freycinet qui n’a pas reçu son carton d’invitation. On crie « vive le Roi ! », on parle de la fin de la république, le « Figaro » fait des éloges de ces fiançailles, le Parlement s’émeut d’une capitale investie par tant de royalistes. Depuis les élections d’Octobre 1885, les bonapartistes de l’Appel au Peuple (65 élus), les monarchistes (73 élus) et 63 conservateurs se sont réunis pour former l’Union des droites, soit un total de 201 sièges sur 576. Le gouvernement du Président Jules Ferry s’était empressé de mettre en disponibilité plusieurs princes Bourbons qui servent l’armée (les Duc de Chartres, de Nemours, d’Aumale et d’Alençon ) ou d’autres comme le Prince Murat. La Gauche radicale qui permet à la république de maintenir sa majorité parlementaire parle ouvertement de faire voter une loi d’exil des Princes de France.

Les fiançailles sont l’occasion pour le gouvernement de Freycinet de faire voter cette loi au motif que la famille Royale menaçait la sécurité de l’état. Le 11 Juin, la Chambre votera la loi d’exil par 315 voix pour contre 232 voix, à peine une courte majorité par le Sénat (141 voix contre 107). Les Princes d’Orléans et Bonaparte se voient signifier l’interdiction de séjour du territoire à vie. Ministre de la Guerre depuis le 7 Janvier 1886, le Général Boulanger (1837-1891) épure l’armée de tous ses cadres royalistes et bonapartistes. Le Duc de Nemours doit démissionner de la présidence de la Croix Rouge. Le Comte de Paris doit partir de nouveau en exil en Angleterre et s’installe au château de Stowe House.

Dans les dernières années de son exil, Philippe VII emploie sa fortune à éponger les dettes du Roi Louis II de Bavière en échange d’un soutien de l’Allemagne en cas de restauration de la monarchie. Le Chancelier Bismarck n’a d’ailleurs jamais caché son soutien à une restauration de la monarchie en France. Mais Louis II de Bavière ne se préoccupera guère de gérer ces éventuelles négociations. Politiquement, il va soutenir le Général Boulanger dans sa conquête du pouvoir. Évincé de son poste en Décembre 1886, le Général Boulanger se veut revanchard contre cette République qui l’ignore. Les monarchistes comme les républicains conservateurs et les bonapartistes vont utiliser cet officier populaire mais le putsch qu’il tente en 1889 est un échec. Philippe VII qui avait financé le mouvement du Général Boulanger tout en laissant entendre qu’il n’était pas opposé au principe du référendum pour valider la restauration de la monarchie, est discrédité. Le 28 Août 1889, Philippe VII rédige un manifeste dans lequel il appelle à une révision de la Constitution. Par cet acte, le Comte de Paris espérait, en vain, récupérer l’électorat du Général Boulanger.

Enfin, son fils et héritier, Philippe, tente en Février 1890 de se faire inscrire pour effectuer son service militaire. C’est un échec et le Prince héritier est immédiatement arrêté, condamné à 2 ans de prison pour être entré illégalement en France puis renvoyé vers Londres. Cette affaire vaudra au Prince Philippe le surnom de « Prince Gamelle ». Le 16 Février 1892, le Pape Léon XIII reconnaît officiellement la République de France. Pour les monarchistes, c’est un coup dur, d’autant que le Comte de Paris n’a pas su exploiter les nombreux scandales financiers qui fragilisent la IIIième République. Aux élections législatives, le nombre d’élus monarchistes n’a cessé de décroître. 58 monarchistes seront à peine élus le 3 Septembre 1893 au Parlement. Le Comte de Paris décède le 8 Septembre 1894 sans avoir revu la France. (www.sylmpedia.fr)

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