Au milieu des nombreux aigles et félins qui constituent les symboles nationaux à travers le monde, le coq est un volatile qui se démarque. Et pour cause, cet emblème national a pour ainsi dire été autant choisi par les Français qu’imposé par leurs ennemis.  Bien que des tentatives aient eu lieu pour en faire le symbole de la France à la fin de l’époque médiévale, c’est à partir de l’époque de la Renaissance que le coq commence à symboliser le roi de France, puis son royaume. Sous le règne des Valois et des Bourbons, l’effigie des rois est souvent accompagnée de cet animal censé représenter la France dans les gravures, sur les monnaies.

 

Pourquoi le coq Gaulois devient un symbole du Royaume de France ?

En Gaule (Gallia), le coq se prononçait jal, du latin gallus.  Si, à l’époque, certaines pièces sont frappées à l’effigie du gallinacé, ce dernier n’est toutefois pas un emblème unificateur des tribus gauloises. Ce n’est qu’à la Renaissance que le coq est réellement relié à la Gaule, du fait d’abord de la proximité orthographique entre les deux mots.  Au début du Bas Moyen-Age, les Anglais furent ainsi les premiers à relever la similitude d’écriture et à l’exploiter pour brocarder l’orgueil des Français et de leur roi.

Il faut dire que si la littérature d’antan fait apparaitre de nombreux dérivés de « coq », force est de constater que le terme n’est pas forcément rattaché à des valeurs positives. Dans l’héraldique, le coq est ainsi réservé aux familles de bas état. À compter de la fin du XIIe siècle, les Germains utilisent à leur tour le coq gaulois pour moquer les Français. Aux XIIIe et XIVe siècles, le coq est utilisé par les Italiens hostiles à la présence française et par les Britanniques qui, en cette Guerre de Cent ans, se plaisent à faire dévorer le coq par le bestiaire de leurs armoiries. Par esprit de contradiction cependant, les Français reprennent peu à peu à leur compte cette expression, mettant en avant les qualités du coq et sa reconnaissance biblique.  Le jeu de mots donne naissance au mythe du coq gaulois et le roi de la basse-cour fait de plus en plus fréquemment son apparition sur les toiles des artistes d’alors, notamment dans le cadre de commandes royales.  Le coq commence à être rattaché à l’idée émergente de la Nation française.

C’est à partir de l’époque de la Renaissance que le coq commence à symboliser le roi de France, puis son royaume. Sous le règne des Valois, puis sous le règne des Bourbons, l’effigie des rois est souvent accompagnée de cet animal censé représenter la France dans les gravures, sur les monnaies. À la Renaissance, alors que les érudits redécouvraient les Gaulois et que les philosophies de l’Antiquité étaient remise au goût du jour par les humanistes, le coq était en effet vu d’un nouvel œil, en particulier le coq blanc, oiseau de Jupiter et de Mercure. L’Opus Davidicam, dédié vers 1495 à Charles VIII par le moine mendiant italien Jean de Legonissa, s’ouvre sur une page de garde où deux coqs blancs soutiennent l’écu de France et foulent aux pieds un serpent et un renard. C’est d’ailleurs au début du XVe siècle qu’apparait la cocarde, ou plutôt la coquarde. Celle-ci consiste alors en un assemblement sur un chapeau de plumes ornementales ou de rubans qui rappelle la crête de coq redressée. Cette posture de fierté, qui marque le changement d’appréciation de l’animal, se retrouvera par la suite dans l’usage revendicatif, et notamment révolutionnaire, qui sera fait de la cocarde.

Au demeurant, le coq reste un emblème royal discret, bien moins représentatif que la fleur de lys bien sûr. En 1659, Louis XIV, décide de créer un ordre architectural français. Suite à un concours initié par Le Brun, le projet, retenu par le Roi, alterne les fleurs de lys et le coq : même s’il reste un emblème mineur, le motif architectural est bien présent au Louvre et à Versailles. Ainsi, dans la galerie des Glaces à Versailles, on retrouve des chapiteaux de colonnes en bronze doré à motif de coq, en lieu et place des traditionnelles acanthes corinthiennes.

Jeton royal, concernant la guerre de succession d’Espagne (vers 1710)
Au revers, un coq gaulois, enlève la Toison d’Or à un lion et à un léopard.

 

En 1665, une médaille royale célébrant la délivrance du Quesnoy met également en scène le coq français mettant en fuite le lion espagnol. De là, le coq devient un support utilisé par les adversaires de la France pour la représenter ou la railler. Les Hollandais en particulier, alors en plein siècle d’or et au pinacle de leur influence culturelle et politique, feront grand usage de ce symbole.

Plus tard, sous la monarchie de Juillet, le coq est introduit officiellement en remplacement du lys dynastique. Le 30 juillet 1830, Louis-Philippe d’Orléans, émet une ordonnance qui propulse le coq gaulois sur tous les drapeaux de la garde nationale et des différents corps d’armée du Royaume, ainsi que sur les boutons d’uniforme. Le 27 mars 1831, Louis-Philippe remet à chaque région le drapeau tricolore rétabli et orné, au sommet de sa hampe, d’un coq gaulois, une patte posée sur un globe sur lequel est inscrit « France ».

Emblème des rois de France, le coq a été adopté par le Peuple, autour de deux temps notamment : la Révolution puis la Première Guerre mondiale. En ce sens, il est un symbole de la Nation française, conforté dans les épreuves tout au long de son histoire. Aujourd’hui, le coq est encore un symbole populaire, représentatif de la France, tant pour la communauté nationale qu’à l’étranger. Le coq a naturellement été repris par le sport et les équipes de France en ont fait un symbole fort d’appartenance nationale.

 


source : Sandrine Restelli-Imbert, Marie-Christine Braillard, Hélène Cavalié, Des oiseaux… de la fin du Moyen Âge au XXIe siècle, Digne-les-Bains, Musée départemental d’art religieux, 2011, catalogue de l’exposition Des oiseaux, cathédrale Saint-Jérôme de Digne-les-Bains et prieuré de Salagon, Mane, juillet 2011-avril 2012. (ISBN 978-2-86004-005-1). p. 29. /  Jean-Claude Périquet, Le coq : histoire de plume et de gloire, Musée départemental de l’abbaye de Saint-Riquier, , p. 33. / Comité national Olympique : “Du roi au peuple, histoire du coq gaulois”

 

 

 

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