Les liens étroits qui existent entre la maison d’Haussonville et la maison de France ne sont plus à prouver, et perdurent encore aujourd’hui entre le comte de Paris, actuel chef de la maison de France, et son beau-frère, le comte Jean d’Haussonville, directeur du château de Chambord. Ces liens existent depuis des siècles, et nous souhaitons aujourd’hui vous faire découvrir le comte Paul-Gabriel d’Haussonville, que Philippe VII, comte de Paris, désigna comme son représentant personnel en France en 1892.

Le comte Paul-Gabriel député vota, par exemple, pour l’abrogation des lois d’exil frappant le comte de Chambord et les princes d’Orléans. Il fut élu au fauteuil 27 de l’Académie française le 26 janvier 1888, succédant au philosophe Elme-Marie Caro. Suite à son décès, les immortels désignèrent le 19 novembre 1925, Antoine, duc de Caumont-La Force pour lui succéder. Conformément la tradition, celui-ci prononça son discours de réception au cours duquel il fit l’hommage du comte d’Haussonville.

Nous vous proposons d’en lire quelques extraits :

Le comte Othenin Paul-Gabriel de Cléron d’Haussonville, né le 21 septembre 1843 à Gurcy-le-Châtel (Seine-et-Marne), décédé le 1er septembre 1924 à Paris, membre de l’Académie française et de l’Académie des Sciences morales et politiques, député (centre-droit) de Seine-et-Marne de 1871 à 1876.

[…] L’un des derniers jours du carnaval de 1848, des femmes s’empressaient, dans un hôtel du faubourg Saint-Germain, autour d’un petit garçon joufflu, aux yeux bleus, aux cheveux blonds, debout sur une petite chaise. Elles lui passaient sa plus belle robe ; elles disposaient ses boucles ; elles le paraient pour la fête d’enfants que la Reine Marie-Amélie allait donner tout à l’heure au château des Tuileries. Et le bambin de quatre ans — votre futur confrère, Messieurs — qui n’avait jamais vu de roi que dans son livre d’images, se figurait d’avance le bon Louis-Philippe portant une couronne de pierreries, revêtu d’une robe éclatante, assis sur un fauteuil d’or élevé de six marches, et il ne cessait de dire : « Comme ce serait drôle, si ce soir le Roi tombait de son trône ! »

Le Roi ne tomba que quelques jours plus tard et sa chute fut autrement grave et funeste à la France que ne pouvait le prévoir le petit prophète Othenin de Cléron d’Haussonville, qui devait travailler une partie de sa vie à relever le trône renversé.

La Providence l’avait fait naître, en effet, dans un milieu dévoué à la maison d’Orléans. Cet héritier d’une race féodale était venu au monde tout pétri de libéralisme. Les Cléron, neveux de saint Bernard, avaient été postés durant des siècles sur le rocher de Cléron, en Franche-Comté, dont le château reflète encore aujourd’hui dans les eaux de la Loue ses mâchicoulis et ses tours.

Sonne haut Cléron,
Pour l’honneur de ta maison !

Ils étaient barons d’Haussonville près de Nancy, grands maîtres de l’artillerie au temps de Louis XIV, grands louvetiers de France sous Louis XVI. Le 3 août 1830, l’aïeul paternel de l’enfant, Bernard de Cléron, comte d’Haussonville et pair de France, avait été assez ami du duc d’Orléans, lieutenant général du Royaume, pour l’engager à ne pas s’approprier la couronne de France et à la placer sur la tête du duc de Bordeaux ; puis il s’était rallié au Roi Louis-Philippe. L’aïeul maternel, le duc de Broglie, avait accepté un ministère au lendemain de la Révolution de juillet ; toute sa vie il avait aimé toutes les libertés, aussi bien la liberté de la presse que la liberté des esclaves noirs de nos colonies. Le jeune Othenin d’Haussonville, descendant des maréchaux de Broglie, était aussi, par sa grand’mère maternelle, la duchesse de Broglie, née Staël, descendant de Mme de Staël, de Necker et d’un pasteur vaudois. Jugez, Messieurs, si tous ces ascendants « combattaient en lui à qui en demeurerait le maître ». […]

On eût dit aussi qu’il n’avait fait toute sa vie que le métier de député, lorsque, envoyé par le département de Seine-et-Marne à l’Assemblée Nationale, qui se réunissait à Bordeaux, puis à Versailles, il devint rapidement, à la tribune parlementaire, l’un des espoirs du centre droit. L’Assemblée est en majorité légitimiste et orléaniste. M. d’Haussonville y retrouve, parmi toutes les variétés de royalistes, les fils d’autres maisons de la Monarchie, à qui le pays s’est montré reconnaissant d’avoir « fourni tant de volontaires aux armées improvisées d’un gouvernement qu’elles détestaient et déployé dans une lutte sans espoir un courage éclatant ». […]

Il est secrétaire d’âge à la fameuse commission des Trente, réunie au mois de décembre 1872 pour établir un modus vivendi entre l’Assemblée, qui veut restaurer la Monarchie, et M. Thiers, qui veut fonder son stathoudérat parlementaire. Les dispositions conciliantes de M. d’Haussonville ne l’empêchent pas d’être fort indépendant. Il ne vient pas chercher la consigne aux soirées de M. Thiers. Avenue de Paris à Versailles, dans l’hôtel de la Préfecture, où l’Assemblée Nationale a installé le chef du pouvoir exécutif — dans ce palais de la Présidence ou plutôt de la Pénitence, suivant un mot qui a fait rire tout Paris — M. d’Haussonville ne joue pas le rôle de courtisan. Aussi ne se sent-il pas aimé dans cette maison-là. M. Thiers le traita un jour avec une politesse parfaite mais indifférente, comme un secrétaire-rédacteur de la Chambre dont il ne connaîtrait ni le visage ni même le nom. Vous avez assez connu, Messieurs, la fierté de votre confrère pour être assurés qu’il ne s’exposa pas deux fois à l’injure d’une politesse, aussi froide.

C’est que M. Thiers n’avait pas perdu le souvenir d’une scène toute récente. À la séance d’une commission nommée pour préparer l’abrogation des lois qui maintenaient hors de France les princes de la Maison de France, il avait essayé d’expliquer que ces lois n’étaient que des mesures de précaution ; puis, relevant ses lunettes sur son front, la voix sourde, un peu hésitante, il avait donné lecture d’un texte qui permettrait au gouvernement, s’il était voté, de faire reconduire les princes à la frontière toutes les fois que leur présence troublerait l’ordre public. Il se rappelait son embarras quand, rabaissant ses lunettes sur son nez, il avait interrogé des yeux ses auditeurs et que leurs regards lui avaient répondu. Or M. d’Haussonville était l’un des treize commissaires, et je vous laisse à penser ce qu’avait pu être l’ironie de son regard. Inutile d’ajouter que M. Thiers, avant serré son texte de loi dans son portefeuille, n’en avait plus jamais soufflé mot et que l’Assemblée nationale n’avait pas tardé à rouvrir aux princes les portes de leur patrie.

M. d’Haussonville pouvait siéger loin de l’extrême droite, il était encore trop royaliste au gré de M. Thiers : « Nous rêvions, écrivait-il plus tard, d’une France réunie, réconciliée sous l’égide de la Monarchie, traditionnelle par son principe, moderne par ses institutions, éprise de toutes les libertés, au premier rang desquelles nous mettions les libertés religieuses. » Messieurs, ce beau rêve — je crois que je vous scandaliserais en parlant autrement — était alors tout près de devenir une réalité. L’Empire s’était abîmé dans la catastrophe de Sedan ; le nom de République était à peine toléré ; la Monarchie de Louis-Philippe semblait s’incliner devant celle de Charles X : le comte de Chambord, petit-fils du Roi des Ordonnances, et le comte de Paris, petit-fils du Roi-Citoyen, n’avaient plus de haine ; 1873 allait effacer 1830. L’oubli était d’autant plus facile que, le comte de Chambord n’ayant point d’enfant, le comte de Paris devenait son successeur légitime.

Antoine, duc de Caumont-La Force (1878-1961), élu le 19 novembre 1925 pour succéder au comte Paul-Gabriel d’Haussonville, il a réalisé un vibrant hommage à son prédécesseur et à son dévouement pour la Maison de France.

Les gens qui voyaient le comte de Chambord pour la première fois, étaient impressionnés par ses façons royales, un je ne sais quoi de majestueux et de cordial dont ils demeuraient charmés. Ils admiraient l’élévation de son esprit, l’étendue de ses connaissances, la profondeur de ses convictions religieuses, sa foi en ce principe de la légitimité qui avait restauré Louis XVIII en 1814, sauvé la France du démembrement et qui aujourd’hui le plaçait sur le trône.

Le comte de Paris était un prince à la haute stature, au front élevé, au sourire fin, aux yeux bons et doux : « Il avait, disait M. d’Haussonville, toutes les qualités avec lesquelles se conserve et se défend un trône : la résistance et la mesure, la fermeté et la souplesse, la trempe du caractère et la largeur de l’esprit. Peut-être lui manquait-il quelques-uns de ces dons qui sont utiles pour le conquérir : la grâce extérieure, l’art de la mise en scène et, si l’on veut, l’ardeur irréfléchie. Mais qu’une chance inopinée se fût offerte à lui, pour périlleuse qu’elle eût été, il ne l’en aurait pas moins saisie, il aurait été audacieux, par devoir, comme il était ambitieux par conscience. » De quel désir M. d’Haussonville appelait l’avènement au trône d’un prince qui était tellement selon ses vues !

Le, premier devoir du comte de Paris, la première condition pour qu’il règne est que le comte de Chambord règne avant lui et que tous les princes de la branche cadette se soient réconciliés avec leur aîné. C’est ce que l’on désignait alors sous le nom de fusion avec la franchise qui lui est naturelle et que le comte de Paris exige de ses serviteurs, M. d’Haussonville y pousse de toutes ses forces. Présent, il répète son Delenda Carthago ; absent, il l’écrit.

M. Thiers n’est plus au pouvoir depuis le 24 mai 1873 ; les monarchistes en tiennent les avenues ; selon l’heureuse formule de M. d’Haussonville, « le palais de la Présidence est occupé par un maréchal de France qui ne demande qu’à en sortir ». Le comte de Paris n’hésite plus ; il écrit de Vienne à M. d’Haussonville qu’il a demandé à être reçu à Frohsdorf. Il est reçu avec joie, avec chaleur ; la fusion est accomplie ; la monarchie est faite. Le comte de Chambord, qui jusque-là refusait d’accepter le drapeau tricolore, semble disposé à une transaction. Déjà le duc d’Audiffret-Pasquier a rédigé la déclaration que l’Assemblée va voter, dont le premier article commence ainsi : « La monarchie nationale, héréditaire et constitutionnelle est le gouvernement de la France », et dont le dernier porte que le drapeau tricolore est maintenu et ne pourra être « modifié que par l’accord du Roi et de la Représentation nationale ». Déjà les carrosses de gala et les chevaux sont achetés, l’uniforme de lieutenant général que revêtira Henri V est prêt ; l’itinéraire que suivra dans les rues de Paris le cortège royal, publié.

Tandis que M. d’Haussonville recrute, parmi les républicains du centre gauche, de nouvelles voix royalistes, le comte de Chambord écrit à M. Chesnelong, le 27 octobre 1873. M. d’Haussonville apprend qu’une lettre du Roi vient d’arriver. Il promet au comte de Paris de lui en faire connaître la teneur dès qu’il la connaîtra lui-même ; il se rend chez le général Changarnier, rue de La Baume, où va se réunir la droite, où sans doute la lettre sera lue. Elle l’est ; elle apprend aux monarchistes atterrés que Henri V veut monter sur le trône sans conditions. M. d’Haussonville prie M. Chesnelong de lui prêter cette lettre, qui rend impossible le retour du Roi. Il va rue du Faubourg-Saint-Honoré sonner à la porte de l’hôtel qu’habite le comte de Paris. M. d’Haussonville n’a jamais oublié aucun détail de la scène : ni les chants de la comtesse de Paris, dont la rumeur lui parvient dans l’escalier ; ni le Eh ! bien de son époux lorsqu’il ouvre la porte du salon et dit : « Lisez, Monseigneur », en tendant au comte de Paris la lettre du comte de Chambord ; ni la voix ferme et posée dont le prince donne lecture de la lettre. La princesse écoute ; sa physionomie s’anime ; puis ses traits se détendent peu à peu ; « sa tête retombe sur sa poitrine » ; sa figure se « cache dans ses mains ».

Le drapeau tricolore était surtout un prétexte. Henri V répugnait à monter sur « le chariot mérovingien de la démocratie ». Henri IV y fût monté gaiement, quitte à changer de voiture à la première occasion.

Philippe VII de France, Comte de Paris

L’amitié qui unissait le comte de Paris et M. d’Haussonville, devint plus intime encore. Le comte de Paris est heureux de le voir s’adonner à l’étude des grandes questions sociales. Votre confrère s’y livrait à ses moments perdus, pendant les années si remplies où il siégeait à l’Assemblée Nationale. Son échec aux élections de 1876 lui permit d’y consacrer tout son temps. Le comte de Paris avait étudié les questions sociales sur le vif en Amérique et en Angleterre. Il n’avait pu le faire en France. Aussi consultait-il sur ces matières les ouvrages de M. d’Haussonville : les Établissements pénitentiaires en France et aux Colonies, l’Enfance à Paris. Sous la plume alerte de votre confrère, ces graves sujets ne sont jamais ennuyeux. M. d’Haussonville ne craint pas de promener son lecteur à travers les maisons mal famées de la rue Maître Albert et de la rue Zacharie, le Château Rouge et le Père Lunettes. Les peintures sont moins dramatiques et moins hautes en couleur que celles des Misérables de Victor Hugo, mais combien plus ressemblantes !

Le comte de Paris se laissait prendre au charme de ces peintures, à la vie intense qui les anime. M. d’Haussonville avait vu tout ce qu’il décrit. Il avait causé avec Gavroche (le vrai). Il s’était assis dans les cabarets de barrière, dans les assommoirs de banlieue, au tapis franc de quelque ruelle voisine de la place Maubert. Un jour, il avait obtenu la faveur de monter dans la voiture cellulaire, qui s’arrête à chaque poste de police pour recueillir les hôtes du violon et les déposer à la Préfecture. Tandis que la voiture roulait avec ce voyageur inattendu vers le poste de la rue Drouot, les membres du Jockey-Club flânant sur les boulevards eussent été bien étonnés, si on leur eût dit que, dans la guimbarde tanguant près d’eux sur la chaussée avec un bruit de ferraille, il y avait M. d’Haussonville essayant le panier à salade. Plus étonnés encore, s’ils l’avaient rencontré une nuit, aux Batignolles, au côté d’un brave chiffonnier, allant avec lui de tas en tas et, d’un monocle intéressé, le regardant piquer les bons morceaux à la lueur clignotante de sa petite lanterne.

Ce n’était pas, Messieurs, le goût du pittoresque, c’était la passion de la charité et du devoir social qui talonnait ainsi M. d’Haussonville sur tous les chemins de la misère ; il ne recherchait les misères que pour en trouver les remèdes et il les trouva plus d’une fois, aux applaudissements du prince dont il était l’ami.

Le comte de Chambord meurt en 1883. Le comte de Paris demande à M. d’Haussonville de lui « appartenir », ainsi que l’on disait au dix-septième siècle, de faire partie d’un petit groupe de royalistes dévoués « qui se succéderont autour de sa personne, mais dont les attributions n’auront rien de politique ». M. d’Haussonville est du service d’honneur. « Et c’était en effet un honneur, a-t-il écrit, de servir un prince toujours respectueux de votre dignité, attentif, presque trop attentif à vos convenances, dont la bouche ne proférait jamais une parole désobligeante et ne s’ouvrait que pour remercier, dont la vie privée était au grand jour, dont la vie publique était un sacrifice quotidien offert à la France. » Le comte de Paris, depuis la mort du comte de Chambord, ne peut plus servir la France que comme Roi ; il renonce à ses travaux les plus chers ; il laisse là ses études historiques, il veut recueillir tout l’héritage politique de son prédécesseur. Une volumineuse correspondance s’entasse sur sa table de travail ; au château d’Eu, selon la devise qu’il s’est donnée, “lilia nent atque” laborant.

Cependant, neuf’ heures sonnent. M. d’Haussonville entre dans le cabinet de travail. Il signale les passages intéressants de tous les journaux. Comme Louis XIV, à Versailles, se faisait lire les gazettes de Hollande, qui le traitaient fort mal, le comte de Paris lit l’Intransigeant. L’article d’Henri Rochefort ne l’épargne guère ; le prince se met à rire et trouve que l’animal a bien du talent : « M. Rochefort, a raconté votre confrère, ne s’est jamais douté des bons moments que certains de ses articles lui ont fait passer. »

Mais, en dépit du polémiste, aux élections de 1885, trente-neuf départements nomment deux cents députés conservateurs. Je me souviens du frisson de victoire que, petit garçon de huit ans, je ressentis dans un coin de Vendée angevine, dans ce clair pays que mon grand-père le comte de Maillé représenta au Parlement près d’un demi-siècle.

L’intimité du prince et du confident croît sans cesse. M. d’Haussonville est auprès du comte de Paris dans le train spécial qui, au mois de mai 1886, emmène vers les Pyrénées la gracieuse princesse Amélie, fiancée à l’héritier du trône de Portugal. La jeune fille traverse toute une France sympathique, des gares où les femmes jettent des fleurs, des campagnes où les paysans s’interrompent de leurs travaux pour agiter la main… Je m’arrête, Messieurs, pour saluer la princesse dont le Destin fit une reine héroïque. M. d’Haussonville est auprès du comte de Paris, au mois de juillet 1886, sur le vaisseau de l’exil, quand la loi de proscription chasse de France le fils des Rois qui ont fait la France. Il est auprès de lui en 1888, quand le prince suit avec une attention profonde la marche du général Boulanger à la conquête de l’État. M. d’Haussonville ne regarde pas du même œil que le comte de Paris le brillant général au cheval noir. Il l’a vu de trop près en Amérique, sept ans plus tôt, lors du centenaire de York-Town ; il se refuse à voir en lui « le Monck d’une restauration nouvelle ».

Après la retraite de M. Bocher, dont la vie n’a été qu’un long dévouement, le comte de Paris choisit M. d’Haussonville pour le représenter auprès des comités de la presse monarchique. Le bureau politique de la rue Saint-Honoré, où le représentant du prince travaille chaque jour, est un véritable ministère, qui ne cesse d’envoyer à tous les journaux de Paris et de la province des instructions, des canevas, des articles : « Cette équipe de travailleurs, et, de négociateurs accomplis, constate un observateur impartial, avait trouvé en M. d’Haussonville le chef d’État-major rompu aux finesses parlementaires et à l’art des préparations électorales. »

Plusieurs discours politiques de M. d’Haussonville sont demeurés célèbres. Les arguments en étaient si justes, l’éloquence si vive et si entraînante, l’ironie si acérée, qu’ils sont encore aujourd’hui des armes redoutables.

M. d’Haussonville ne reculait devant aucune fatigue pour accourir à l’appel de son prince, « souvent avec lui en mer, a-t-il raconté, entre Portsmouth et Lisbonne, ou sur les chemins de fer de la montueuse Espagne, dans les moors de l’Écosse ou la marisma du Guadalquivir » : « Monseigneur, lui dit un jour votre confrère, quand vous reviendrez, vous ferez de la politique large, n’est-ce pas ? — Fiez-vous à moi », répliqua le comte de Paris. Tous deux avaient l’âme grande. M. d’Haussonville, ministre, eût ignoré les rancunes d’un président du conseil espagnol, le maréchal Narvaez, duc de Valence, à qui son confesseur demandait sur son lit de mort : « Monsieur le Maréchal, pardonnez-vous à tous vos ennemis ? » Vous savez, Messieurs, que le maréchal répondit : « Je n’en ai plus », et que, devant le regard incrédule du prêtre, il reprit avec tranquillité : « Je n’en ai plus, je les ai fait tous fusiller. »

Après la mort du comte de Paris, arrivée le 8 septembre 1894, M. d’Haussonville se retira de la politique ; mais il demeura, ainsi qu’il l’affirmait encore en 1919, un « monarchiste impénitent ». C’est alors que sa vie littéraire devient de plus en plus intense.


Louis Coste


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