Le 3 février 1831, le duc de Nemours, fils de Louis-Philippe 1er, est élu roi des Belges

Royaume de France: Bourges

A la suite de la révolution de juillet 1830 en France, des troubles éclatent en Belgique pour obtenir la « séparation » de l’actuelle Belgique du Royaume des Pays-Bas. Le 3 février 1831, le duc de Nemours, fils de Louis-Philippe 1er, est élu roi des Belges par le Congrès belge, mais il refuse le titre pour éviter d’indisposer les Britanniques. C’est finalement Léopold, prince de Saxe-Cobourg-Gotha, futur gendre de Louis-Philippe 1er, qui deviendra le premier roi des Belges sous le nom de Léopold 1er. Petit retour sur cet évènement :

 

Le congrès national de Belgique, ayant élu roi des Belges Monseigneur le duc de Nemours, envoya à Paris une députation chargée d’offrir la couronne à son altesse royale, dans la personne de son auguste père le roi des Français. Le 17 février, à midi, cette députation se rendit au Palais Royal et fut introduite dans la salle du trône par le ministre des affaires étrangères. Le roi la reçut assis sur son trône ayant à sa droite Monseigneur le duc d Orléans, à sa gauche Monseigneur le duc de Nemours. M. Surlet de Chokier président du congrès lut et remit ensuite au roi l’acte qui appelait le jeune prince à la couronne. Le roi répondit en ces termes :

« Messieurs,

Le vœu que vous êtes chargés de m’apporter, au nom du peuple belge en me présentant l’acte de l’élection que le congrès national vient de faire de mon second fils le duc de Nemours, pour roi des Belges, me pénètre de sentiments dont je vous demande d’être les organes auprès de votre généreuse nation. Je suis profondément touché que mon dévouement constant à ma patrie vous ait inspiré ce désir et je m’enorgueillirai toujours qu’un de mes fils, ait été l’objet de votre choix. Si je n’écoutais que le penchant de mon cœur et ma disposition bien sincère de déférer au vœu d’un peuple dont la paix et la prospérité, sont également, chères importantes à la France, je m y rendrais avec empressement. 

Mais, quels que soient mes regrets, quelle que soit l’amertume que j’éprouve à vous refuser mon fils, la rigidité des devoirs que j ai à remplir, m’en impose la pénible obligation et je dois déclarer que je n’accepte pas pour lui la couronne que vous êtes chargés de lui offrir. Mon premier devoir, est de consulter avant tout les intérêts de la France et par conséquent, de ne point compromettre cette paix que j’espère conserver pour son bonheur, pour celui de la Belgique et de tous les états de l’Europe, auxquels elle est si précieuse et si nécessaire .Exempt moi-même de toute ambition, mes vœux personnels s’accordent avec mes devoirs. Ce ne sera jamais la soif des conquêtes ou l’honneur de voir une couronne placée sur la tête de mon fils, qui m’entraîneront à exposer mon pays au renouvellement des maux que la guerre amène à sa suite et que les avantages que nous pourrions en retirer, ne sauraient compenser, quelque grands qu’ils fussent d’ailleurs. Les exemples de Louis XIV et de Napoléon suffiraient pour me préserver de la funeste tentation d’ériger des trônes pour mes fils et pour me faire préférer le bonheur d’avoir maintenu la paix à tout l’éclat des victoires que dans la guerre, la valeur française ne manquerait pas d’assurer de nouveau à nos glorieux drapeaux.

Que la Belgique soit libre et heureuse! Qu’elle n’oublie pas que c’est au concert de la France, avec les grandes puissances de l’Europe qu’elle a dû la prompte reconnaissance de son indépendance nationale et qu’elle compte toujours avec confiance sur mon appui pour la préserver de toute attaque extérieure ou de toute intervention étrangère. Mais que la Belgique se garantisse aussi du fléau des agitations intestines et qu’elle s’en préserve par l’organisation d’un gouvernement constitutionnel qui maintienne la bonne intelligence avec ses voisins et protège les droits de tous, en assurant la fidèle et impartiale exécution des lois. Puisse le souverain que vous élirez consolider votre sûreté intérieure et qu’en même temps son choix soit pour toutes les puissances, un gage de la continuation de la paix et de la tranquillité générale! Puisse-t-il se bien pénétrer de tous les devoirs qu’il aura à remplir et qu’il ne perde jamais de vue, que la liberté publique sera la meilleure base de son trône, comme le respect de vos lois, le maintien de vos institutions et la fidélité à garder ses engagements, seront les meilleurs moyens de le préserver de toute atteinte et de vous affranchir du danger de nouvelles secousses.

Dites à vos compatriotes que tels sont les vœux que je forme pour eux et qu’ils peuvent compter sur toute l’affection que je leur porte. Ils me trouveront toujours empressé de la leur témoigner et d’entretenir avec eux ces relations d’amitié et de bon voisinage qui sont si nécessaires à la prospérité des deux états. » (Source: Galeries historiques du Palais de Versailles)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Search