Le 24 août 1883: le Comte de Paris succède au Comte de Chambord Au lendemain de la révolution de 1848, les membres de la famille royale gagnent tour à tour l’étranger, tandis que le gouvernement provisoire vote le bannissement des princes d’Orléans. Le 26 mai 1848. Louis-Philippe et Marie-Amélie s’installent ainsi au Royaume-Uni avec plusieurs de leurs enfants et petits-enfants. Les ex-souverains établissent leur résidence au château de Claremont, propriété du roi Léopold Ier de Belgique, lui-même gendre de Louis-Philippe et oncle du comte de Paris. De son côté, la duchesse d’Orléans préfère partir vivre avec ses enfants en Allemagne. Blessée par le comportement du roi et de la reine à son égard lors des journées révolutionnaires, la princesse préfère en effet s’éloigner de ses beaux-parents. Après deux ans de brouille, la princesse Hélène finit par se réconcilier avec ses beaux-parents et, à partir du printemps 1850, le comte de Paris, le duc de Chartres et leur mère se rendent régulièrement en Angleterre. C’est d’ailleurs à Londres que le jeune prétendant orléaniste le comte de Paris effectue, en présence de son grand-père, sa première communion, le 20 juillet 1850.

En France, l’avènement de la république et l’élection au suffrage universel de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence poussent les monarchistes à s’interroger sur leurs stratégies politiques. De plus en plus d’orléanistes souhaitent le ralliement de Louis-Philippe et de sa famille au petit-fils de Charles X, représentant de la légitimité dynastique. Cependant, de leur côté, les d’Orléans ne sont pas unanimes. Si les anciens souverains semblent reconnaître peu à peu la nécessité de la fusion des deux courants royalistes, la mère du comte de Paris s’oppose quant à elle avec force à la reconnaissance du duc de Bordeaux comme héritier de la couronne. Hélène de Mecklembourg-Schwerin se montre d’ailleurs profondément choquée par la lettre que lui envoie son beau-père et où ce dernier écrit, à propos de la succession au trône : « Mon petit-fils ne pourra jamais régner au même titre et aux mêmes conditions que moi qui ai fini par échouer. Il ne peut régner que comme roi légitime. Il y a pour lui plusieurs manières de devenir roi légitime : si le duc de Bordeaux mourait, si le duc de Bordeaux abdiquait, si le duc de Bordeaux régnait mais n’avait pas d’enfant, Paris devient roi légitime. Il doit rester en mesure pour toutes ces chances-là. » Le 26 août 1850 après plusieurs jours d’agonie, l’ex-roi Louis-Philippe Ier s’éteint aux côtés de son épouse et de plusieurs de ses enfants et petits-enfants (dont Paris et Chartres) à l’âge de soixante-dix-sept-ans. Pour les orléanistes, le comte de Paris devient alors officiellement son successeur mais bien peu, en France, croient en la possibilité d’une restauration incarnée par un enfant de douze ans. La mise en place du Second Empire après le plébiscite du 21 novembre 1852 rend d’ailleurs les perspectives de retour des princes d’Orléans dans leur pays de plus en plus lointaines.

De retour en France

Lorsque le Second Empire s’écroule, en 1870, et que la première loi d’exil touchant les princes d’Orléans est abolie le 8 juin 1871, le comte de Paris regagne la France. Quelques mois plus tard, le 9 décembre 1871, les décrets de confiscation des biens de la famille royale mis en place par Napoléon III en 1852 sont abolis. Philippe d’Orléans reprend alors notamment possession des châteaux d’Amboise, d’Eu et de Randan. En France, le comte de Paris et sa famille partagent leur existence entre leurs demeures provinciales et la capitale. Mais, ne disposant pas de résidence compatible avec leur rang à Paris, les Orléans acceptent, en 1877, l’invitation de la duchesse de Galliera qui leur offre de s’installer chez elle, au rez-de-chaussée de l’hôtel Galliera (actuel hôtel Matignon), lors de leurs séjours dans la capitale. Dès son retour dans le pays, le prince fréquente les cercles du pouvoir et est reçu par le président Adolphe Thiers au château de Versailles dès le 1er juillet.

Vers la fusion monarchique

En dépit de ses activités politiques, le prince n’envisage pas encore de monter sur le trône. Conscient que le « comte de Chambord » est soutenu par davantage de monarchistes qu’il ne l’est lui-même, le comte de Paris cherche à se rapprocher de son cousin. « Henri V » n’ayant pas d’enfant, le chef des Orléans est en effet convaincu qu’une restauration légitimiste ferait de lui le dauphin et permettrait de renforcer le camp monarchiste face aux républicains et aux bonapartistes.

Après l’envoi infructueux de plusieurs émissaires auprès du « comte de Chambord », le comte de Paris décide de se rendre lui-même à Frohsdorf afin d’y affirmer officiellement sa soumission à l’aîné des Capétiens . Le 3 août 1873, le prince déclare ainsi à son cousin : « Je viens en mon nom, et au nom de tous les membres de ma famille, vous présenter mes respectueux hommages, non seulement comme au chef de notre maison mais comme au représentant du principe monarchique en France ». À ces mots, le « comte de Chambord » l’embrasse et lui répond : « Croyez, mon cousin, que je trouve tout naturel que vous conserviez les opinions politiques de votre famille, dans lesquelles vous avez été élevé. L’héritier du trône peut avoir ses idées comme le Roi a les siennes ». Quelques jours plus tard le prince déclare à un journaliste “Sachez que, moi mort, M. le comte de Paris, eût-il méconnu l’héritage, est quand même l’héritier. La légitimité l’enserrera et il sera aussi légitime que moi.” La fusion des deux courants monarchistes et la reconnaissance mutuelle des deux princes en tant que chef de famille et héritier semblent donc totales.

Cependant, la réconciliation des deux branches de la famille royale n’amène pas la restauration escomptée. Le 12 août 1873, le comte de Paris annonce la fusion monarchique au nouveau président de la République, le légitimiste Patrice de Mac Mahon, et lui demande de convoquer l’Assemblée en séance extraordinaire afin de proclamer roi le « comte de Chambord ». Mais, bien que monarchiste, le maréchal refuse du fait de l’entêtement du prétendant à ne pas reconnaître le drapeau tricolore comme symbole national. Plusieurs actions sont donc menées par les partisans de la restauration pour tenter de convaincre le petit-fils de Charles X de la nécessité d’abandonner le drapeau blanc et d’accepter le système parlementaire. En octobre 1873, le député Pierre-Charles Chesnelong est ainsi mandaté par le groupe monarchiste de la Chambre pour arriver à un accord avec le prétendant. Néanmoins, cette dernière tentative est un échec et le « comte de Chambord » réaffirme son attachement aux symboles de l’Ancien Régime le 27 octobre. Dès lors, les Orléans se retrouvent prisonniers de l’attitude de leur chef, qui refuse de ceindre une couronne que l’Assemblée nationale est pourtant toute prête à lui donner

Devant l’attitude du « comte de Chambord », certains orléanistes essaient de convaincre le comte de Paris d’assumer la lieutenance générale du royaume, comme l’avait fait son grand-père en 1830. Mais, considérant qu’il s’opposerait ainsi au tenant de la légitimité dynastique, le petit-fils de Louis-Philippe refuse catégoriquement d’agir. De fait, le prince semble attendre la mort de son cousin pour s’investir à nouveau dans la politique. Il s’abstient ainsi, en 1877, de toute réaction et de tout soutien lorsque le maréchal de Mac Mahon et le duc de Broglie s’opposent à la majorité républicaine de l’Assemblée et tentent de ramener les monarchistes au pouvoir. Plus surprenant encore, le prince envisage, en 1883, de partir s’installer en Afrique afin de contribuer à l’expansion coloniale française.

Le Roi est mort… Vive le Roi!

L’aîné des Capétiens jouit longtemps d’une très bonne santé et, lorsqu’il meurt le 24 août 1883 à l’âge de 63 ans, le régime républicain a eu tout le temps de se consolider en France. Par ailleurs, la fusion de 1873 se révèle, dix ans plus tard, n’être qu’une semi-réussite. Le « comte de Chambord » a beau recevoir très cordialement son cousin sur son lit de mort, il ne lui laisse aucun héritage financier. Pensant qu’il avait déjà publiquement déclaré ces héritiers politiques, il ne laisse à l’heure de sa mort aucune déclaration symbolique faisant du Comte de Paris son successeur et la veuve du prétendant, la princesse Marie-Thérèse de Modène, décide unilatéralement que le deuil de son époux doit être mené par les Bourbons-Parme, plus proches parents du défunt, et non par le comte de Paris. Ce faisant, la vieille « comtesse de Chambord » marque publiquement son opposition à la succession légitime du Comte de Paris. Malgré tout, l’énorme majorité des monarchistes reconnaît officiellement le comte de Paris comme le nouveau chef de la Maison de France sous le nom de Philippe VII de France et c’est en tant que tel que l’empereur François Joseph lui rend visite à Vienne, avant son retour dans l’hexagone.

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