Dernièrement j’ai été outré, comme sûrement, beaucoup de royalistes, de voir rapporter sur la page Wikipédia consacrée à Monseigneur le comte de Paris , les rumeurs colportées au début du XXème siècle, donnant son père Feu Monseigneur le comte de Paris (1908-1999) comme le fils bâtard du comte Gustave de Pierre de Bernis (1877-1925).

 

Si les rumeurs sont belles et bien réelles et si les calembours entre le comte Gustave et la duchesse de Guise le sont tout autant, il est impensable de croire que la Reine Très-Chrétienne de jure ait pu se permettre un tel écart et de profiter de cela pour attaquer la Maison de France. D’ailleurs, je suis en mesure de réfuter définitivement cette rumeur et d’affirmer ( si certains pouvaient avoir le moindre doute ) que oui, Monseigneur le comte de Paris est bel et bien le fils de son père, Monseigneur le duc de Guise et toutes les preuves sont aujourd’hui en ligne.

 

Il suffit pour cela d’enquêter comme n’importe quel généalogiste à la recherche de ses ancêtres le ferait. Auparavant, retenez bien une date : Monseigneur le comte de Paris est né le 5 JUILLET 1908 au château du Nouvion-en-Thiérache dans l’Aisne. Si l’on compte neuf mois avant cette date (soit à peu près le temps d’une grossesse), nous tombons au mois de Septembre-Octobre 1907 (en sachant qu’une grossesse ne dure jamais neuf mois exactement).

Pour débuter mon enquête, j’ai donc cherché la première chose concernant le comte Gustave de Pierre de Bernis, à savoir  son acte de naissance. Le comte est né le 27 Novembre 1877 à Marseille (Bouches-du-Rhône). Son acte de naissance est en ligne sur le site des Archives départementales. En voici la transcription :

 

L’an mil huit cent septante sept et le vingt sept novembre à trois heures,

ACTE DE NAISSANCE de Hervé, Marie, Roger, Christian, Gustave de-Pierre de Bernis né à Marseille, ce matin à dix heures, quartier Ste Anne, fille de Hervé Marie de Pierre, marquis de Bernis, âgé de trente huit ans propriétaire et de Marie Jeanne, Gustavie Charlotte, Gabrielle, Luce, âgée de vingt-huit ans, sans profession, mariés et demeurant à Saint Marcel d’Ardèche.

Le sexe de l’enfant présenté est reconnu Masculin. Témoins sieurs Gustave Luce, âgé de cinquante sept ans, négociant, chevalier de la légion d’honneur aïeul de l’enfant domicilié et demeurant même quartier, et Félix Gardaie, âgé de soixante ans, négociant demeurant rue Tapis vert 22. Sur la déclaration faite par le père qui a signé avec les témoins.

Constaté par Nous, Emile Maurin Adjoint au Maire de Marseille, délégué aux fonctions d’Officier de l’Etat-Civil ; et lecture faite au déclarant et aux témoins avons signé.

 

En généalogie, le moyen le plus simple pour connaître les différentes adresses d’un homme est de consulter ses états de service militaire. Son acte de naissance me permet de calculer l’année où il a été intégré dans l’armée. Étant né en 1877, le comte Gustave de Pierre de Bernis a donc fait son service militaire en 1897 et grâce à internet, nous trouvons trace de ses états de service sur le site des Archives départementales du Gard, dans les registres de la classe 1897, numéro matricule 1552. Ce document très complet permet de visualiser tout le parcourt militaire du comte Gustave et de voir notamment ses adresses successives. En effet, le service militaire ne se limite pas à la seule année de ses vingt ans, mais se poursuit après par des périodes d’exercice dans le cadre de l’armée de réserve. Un homme est à la disposition de l’armée jusqu’à ses cinquante ans (généralement moins, puisqu’un homme perd deux ans de mise à disposition de l’armée par enfant).

N’ayant pas eu de descendance, le comte Gustave de Pierre de Bernis était donc dans l’obligation de donner TOUTES ses adresses à l’autorité militaire jusqu’à l’année 1927 ! Et il le fera, jusqu’à sa mort à Larache (au Maroc espagnol), en la propriété de Monseigneur et Madame le duc et la duchesse de Guise le 17 Février 1925.

 

J’ai parlé plus haut de « périodes d’exercice », ce sont celles-ci qui vont permettre de prouver que le comte Gustave de Pierre de Bernis était dans l’impossibilité physique d’être là au cours des mois de Septembre-Octobre 1907, où l’on estime la conception du feu comte de Paris. En effet, du 16 Août au 12 Septembre 1907 il était dans sa 2nde période d’exercice au 55ème régiment d’infanterie (alors en garnison à Aix-en-Provence) et à l’issue de son service, il retourna chez lui à Houlgate dans le Calvados, puis en Décembre 1907, à Villamanrique de la Condesa en Espagne (je suppose chez Madame la comtesse de Paris, veuve de Philippe VII).

 

Or, durant toute cette période, Monseigneur et Madame le duc et la duchesse de Guise n’avaient que deux résidences : le château du Nouvion-en-Thiérache dans l’Aisne et dans le 8ème arrondissement de Paris, 27 rue Jean Goujon. D’après les adresses successives du comte Gustave, celui-ci n’est rentré au service du duc de Guise que le 26 Juillet 1909 (soit plus d’un an après la naissance du comte de Paris), après être passé à Naples au palais Capodimonte (résidence officielle de la princesse Hélène de France, duchesse d’Aoste, sœur de la duchesse de Guise) et par Saïgon au début 1908.

 

Ainsi, il n’existe même pas l’ombre d’un doute : Monseigneur le comte de Paris (1908-1999) est le fils de son père, Monseigneur le duc de Guise (1874-1940), comme le donne son état civil. Quant aux calembours sur le comte Gustave, ne leur donnons pas plus de crédit que cela.

Sources :

 

Matthias Beaufort

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