L’une des incantations républicaines consiste à faire croire que la République a apporté l’égalité entre les citoyens. Une chose est d’avoir des préjugés, autre chose est la froideur des chiffres, des statistiques, en un mot : de la vérité. À vrai dire, je ne suis pas certain que les inégalités aient été plus criantes sous Louis XVI que sous notre république. Précisément parce que l’institution de la noblesse, cet ordre prestigieux auquel toute famille désireuse de se hisser dans la société rêvait d’accéder, empêchait par là même qu’elles continuent à s’enrichir interminablement. Un Bill Gates était inimaginable à l’époque, ces fortunes qui dépassent la richesse de nombreuses nations n’existaient pas. Redécouvrons ce qu’écrivait Bonald à ce sujet, dans son ouvrage « La vraie révolution« , paru en 1818 :

« La famille anoblie, et souvent un peu trop tôt, et avant qu’elle eût fait une fortune assez indépendante, renonçait, comme les anciennes, à toute profession lucrative.(…) Rien de plus politique que d’arrêter, par un moyen aussi puissant que volontaire, par le motif de l’honneur, l’accroissement immodéré de richesses dans les mêmes mains. »

Ainsi l’institution de la noblesse empêchait-elle la constitution de fortunes insensées, aberrantes, outrancières, et ce n’est pas le moindre paradoxe que de voir dans l’ancienne monarchie un monde mieux armé pour prévenir ces aberrations. Quand on pense qu’un simple particulier, un spéculateur milliardaire, Georges Soros, fut capable il y a quelques années de faire chuter la vénérable livre sterling anglaise par le seul effet de son jeu personnel sur les places boursières, on est bien obligé de constater que ce pouvoir d’un seul individu sur la monnaie d’une des premières puissances du monde, était impensable au temps de notre ancien régime, qui endiguait les fortunes, et par cette sorte d’enrôlement institutionnel qu’était l’anoblissement, empêchait qu’elles s’augmentent à l’infini. Car il est bon qu’un homme s’enrichisse, mais il est absurde, inutile, et parfois nuisible à la société, qu’il atteigne les hauteurs que nous connaissons aujourd’hui.

Malgré l’évidence, malgré l’exemple offert par notre époque contemporaine, on continue de nous représenter la société sous l’Ancien Régime comme un monde inégalitaire. Il l’était sans aucun doute. Comme toute société. Il n’existe pas de société égalitaire. Il est d’ailleurs amusant de constater que la gauche, et plus généralement la république aggrave toujours les inégalités plutôt qu’elle ne les réduit. Par exemple, sous le septennat de Valérie Giscard d’Estaing, l’éventail des revenus était moins large que sous son successeur François Mitterand. Mais le premier était de droite et le second de gauche, donc peu importe la réalité, du moment que le régime peut continuer à déclamer ses incantations.  Certes, il ne suffit pas de bavarder sur le sujet, voyons donc quelques chiffres.

_ Aujourd’hui, le cinquième du patrimoine national est possédé par 1% des ménages. 20% du patrimoine pour 1% des ménages. Égalité ? La moitié du patrimoine national ( 50% ) est détenue par 10% des ménages. Et 40% des Français n’ont aucun patrimoine. 40% des Français sans patrimoine : ce chiffre était le même en 1800, au lendemain de la Révolution…

_ 8 personnes ont une fortune supérieure à 300 millions d’euros. 140 personnes ont une fortune dépassant les 30 millions d’euros. 700 personnes ont une fortune supérieure à 15 millions d’euros. 28 000 personnes ont une fortune supérieure à 8 millions d’euros

On me parlera, pour se consoler, d’égalité devant la loi. Il y aurait au moins cela. Avez-vous suivi les affaires politico-financières ? Qui va en prison ? Les protagonistes secondaires, jamais les plus hautes personnalités. Et que dire des versements de cautions, qui permettent à un riche d’être mis en liberté conditionnelle, grâce et seulement grâce au fait d’avoir déposé une grosse somme en garantie. Donc grâce à la richesse. Et quand vous attaquez quelqu’un en justice, il peut arriver qu’on vous demande le versement d’une provision, avant même que la justice ne décide d’engager des poursuites contre celui qui vous a fait du tort. Autrement dit, si vous n’avez pas d’argent à déposer en provision, vous avez moins de chances d’obtenir justice.

Eh oui, la justice n’est pas de ce monde. Les procédures peuvent être améliorées, mais l’inégalité sociale rejaillira toujours sur le reste, sur l’éducation, sur la justice, sur la police, etc. Les choses peuvent être améliorées, mais depuis que le monde est monde, les hommes sont les hommes, la fortune est la fortune, la société est la société.

Yves-Marie Adeline, dans « Le Royalisme en questions »

 

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