Certains clichés, par leur répétition, gagnent en notoriété médiatique ce qu’ils perdent en rectitude historique. La France n’est pas seulement le pays des Droits de l’Homme (& de la femme – à l’époque on l’avait oublié, son existence légale n’étant pas celle d’aujourd’hui) ; la France est aussi cette nation où se développa, non sans se modifier et s’affirmer au fil de huit siècles (et ce, malgré les différentes guerres qui permirent de maintenir l’intégrité de ses frontières), un système monarchique harmonieux. La France réelle aime à s’en souvenir, qui ne manque pas une occasion de manifester son attachement ou, à tout le moins, sa fascination pour la royauté. Y compris – c’est un comble ! – pour celle de notre meilleure ennemie, l’Angleterre, où le moindre jubilé, le moindre mariage, le moindre baptême suscitent un enthousiasme qui peut paraître étrange dans le pays qui coupa la tête à son roi il y a deux siècles. A moins que ce ne soit le contraire, et que les Français tentent ainsi d’expier le crime de leur ancêtres en saluant la pérennité du système monarchique de leurs voisins d’outre-Manche, d’Espagne ou du Luxembourg.

 

Ces sentiments monarchiques plus ou moins conscients et assumés relèvent sans doute des ordres purement symbolique, nostalgique ou historique transmises de génération en génération, mais ils disent bien aussi, à leur manière, par effet de miroir, la période de doute profond qui imprègne les esprits français. A défaut de savoir où ils vont, nos compatriotes se rassurent en sachant d’où ils viennent, avec ce souhait de connaître sa généalogie et l’augmentation des « cousinades » en France. Les traductions de ces phénomènes sont nombreuses. Ainsi de l’établissement que suscite encore le domaine de Versailles, les châteaux de Loire ou la gouvernance du général de Gaulle, monarque républicain absolu. Ou des excellents chiffres d’audience des émissions audiovisuelles présentés par Stéphane Bern, Lorànt Deutsch ou Franck Ferrant, comme la profusion de dossiers consacrés aux vertus de la monarchie dans les journaux et les magazines les plus incontestablement républicains. A cela comment ne pas ajouter le succès en librairie jamais démenti de ces biographies de figures ou de dynasties royales signées Simone Bertière, Jean-Christian Petitfils, Jean des Car, Michel de Decker ou notre ami Frederic de Natal.

 

En 2014, un collectif d’historien dirigés par Patrice Gueniffey publiait  » Les Derniers Jours des Rois  » qui rencontra lui aussi un remarquable succès éditorial. Dans sa préface, le biographe inspiré de Napoléon 1er rappelait combien les monarques français, à l’instar du plus grand d’entre eux, Louis XIV ( » Je m’en vais mais l’État demeurera jamais « ), avaient toujours eux, jusqu’à leur dernier souffle, le souci de la transmission du pouvoir. Et combien il existait un  » savoir-mourir  » royal relevant presque du rite religieux. Loi Salique oblige, il eût été bien difficile d’envisager le même ouvrage en évoquant les princesses aînées de France :  » les lys ne filent point « , selon l’aphorisme médiéval. Si nombre d’entre elle régnèrent grâce à leur mariage avec un prince ou souverain étranger, elles ne gouvernèrent pas réellement. Du moins furent-elles pour certaines d’habiles conseillères.

 

Ni l’avènement des Lumières, ni la marche incoercible du progrès, ni le processus de démocratisations de masse et des masses n’ont mis fin au principe de royauté en France. Symbole d’une tradition qui refuse de disparaître, celle-ci a su revêtir, dans son essence et sa nature, de ses effets pervers. Adieux le mystère, les secrets et les silences qui entouraient autrefois l’exercice royal du pouvoir. L’époque est révolue où la connaissance que le peuple avait de ses monarques relevait de la chronique édifiante et parfois même posthume. Les reconstitutions historiques par les associations historiques restent également un grand succès dans toutes les villes de notre beau pays, ce qui nous en apprend davantage sur la vie de nos ancêtres.

 

 » Nous étions princes, nous sommes exposés comme sur une tribune aux regards et à la curiosité du monde entier. La plus petite tâche sur nos vêtements est observée, la moindre faiblesse dans nos actions rapidement remarquée, et c’est pourquoi nous devons veiller particulièrement à ce que nos actions soient toujours justes et honorables « . Cette citation, en tant que bon manageur que je tant à devenir, me satisfait au plus profond de mon cœur.

 

Ce témoignage est en l’honneur de mon amour pour l’histoire de France, de mon pays, mais aussi de la Maison Royale de France d’Orléans, dont j’ai eu l’honneur de rencontrer les membres les plus éminents, avec la plus haute simplicité moderne qui les représentes aujourd’hui : celle de leur temps.


Christophe de Montvalen

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