Un pouvoir politique qui ne se situe pas dans un mouvement historique, culturel et spirituel, qui ne parvient pas à intégrer dans ses évolutions nécessaires l’expérience transmise, est un pouvoir fragile qui ne bénéficie que d’une adhésion volatile, et cette double fragilité présente une menace pour la société qu’il a pour mission de servir.

 

Nous voici placés devant la question, ancienne et toujours actuelle, de la légitimité. Cette question n’est pas théorique, n’est pas une abstraction. Dans notre monde, nombre de crises et de tragédies s’expliquent par le fait que le principe de légitimité du pouvoir demeure introuvable, ou demeure trop ambigu pour constituer un facteur de paix civile et d’unité. Alors l’instabilité s’installe et l’aspiration aux solutions autoritaires de droite comme de gauche paraît en effet représenter le seul recours — ô combien illusoire et meurtrier. Lorsque le pouvoir suprême n’incarne pas, ne représente pas le pays en entier, une absence de légitimité est forcément ressentie par la partie qui se sent exclue. Le bien général ne sera pas défendu, l’État de droit ne sera pas garanti et la médiation, qui est la première condition de la justice n’existera pas.

 

La démocratie, si justifiée soit-elle, demeure le régime politique le plus difficile à établir parce que précaire. Ainsi va-t-il des majorités présidentielles de la Ve République qui n’ont jamais dépassé (en valeur réelle) 45,24 % de la totalité du corps électoral français, et de Gaulle seul a réussi à atteindre ce score… Nous faisons en France la cruelle expérience de cet état de fait. Il ne suffit pas de proclamer les droits de l’homme pour qu’ils soient effectivement respectés. Il ne suffit pas d’affirmer l’immortalité de quelques grands principes pour assurer à l’État la continuité de son action. Pour que les droits de l’homme existent, il faut un garant qui ne soit pas partie prenante aux forces politiques et sociales toujours prêtes à redéfinir les règles en accord avec les intérêts du moment ou du plus fort. Pour que l’unité soit maintenue, il faut dans notre pays un lieu où chaque citoyen, de droite comme de gauche, riche ou pauvre, du Nord ou du Sud, se trouve représenté et puisse s’identifier dans une personne ayant capacité à défendre ses intérêts. Pour qu’il y ait continuité, il faut, pour l’exprimer et l’incarner, un homme placé au-delà des affrontements afin, justement, que l’alternance démocratique
 puisse jouer et que les règles du jeu soient pleinement respectées.

 


La médiation assurée par un pouvoir indépendant est nécessaire à toute vie sociale. Elle constitue, au sens propre, la règle du jeu. Prenons n’importe quel jeu, cartes, échecs, rugby ou basket, à deux partenaires ou en équipe. La liberté de manœuvre de chaque joueur s’inscrit nécessairement dans une règle indéformable et irréformable par l’un d’entre eux et extérieure à tous, sans laquelle le jeu sombrerait dans l’affrontement violent. De même, une société libre a besoin pour vivre d’une règle extérieure à elle-même dont la dimension lui soit une dynamique exaltante pour son accomplissement, et d’un arbitre qui la fasse prévaloir sur la volonté du plus fort. De même est-il nécessaire que cet arbitre ne soit pas juge et partie à fois, n’émanant ni d’un camp ni d’un autre…

 

C’est bien là ce qui nous manque, puisque la légitimité des hommes d’État est l’objet d’une perpétuelle suspicion qui compromet leur action. C’est bien là ce que nous cherchons puisque les discours que nous entendons, un peu partout, sont remplis d’invocations à la légitimité, à l’arbitrage, à la continuité, à l’unité, sans que jamais la victoire de l’un ou de l’autre parvienne à en donner une traduction concrète et complète.

 

armes-du-comte-de-parisParoles d’Henri VII, Comte de Paris et Duc de France

« Adresse au futur chef de l’État  » Édition Denoël

Aidez-nous à faire connaître cet article en le partageant sur les réseaux sociaux.