Et si la France avait besoin d'un roi ?

Le couronnement du nouveau roi d’Espagne Felipe semble exercer une certaine fascination en France, où la visite de la reine d’Angleterre a connu également un grand succès. Existe-t-il une nostalgie monarchiste en France?

Effectivement, il existe une nostalgie consubstantielle à la dimension sentimentale que possède la monarchie. Les rois et les reines exercent un pouvoir de fascination, ils font rêver: les enfants ne se déguisent pas en président et première dame, mais en princes et en princesses! Mais au-delà d’une nostalgie teintée d’onirisme, il existe un attachement plus profond, qui tient à la nature même de la monarchie, pouvoir fondamentalement incarné. Les monarques sont à la fois éloignés et tout proches. La dimension familiale de la monarchie permet aux sujets de s’identifier profondément à leurs dirigeants, dont ils se perçoivent comme des parents éloignés. On appelait ainsi la famille royale la «famille de France». On a pu le constater notamment l’été dernier avec la naissance du «royal baby» qui a suscité des réactions de familiarité et d’affection au Royaume-Uni, mais aussi en France. Le régime monarchique est composé de deux principes contraires: un éloignement fantastique, qui inscrit le monarque dans une continuité historique, et une familiarité qui permet l’incarnation du pouvoir dans une famille.

Cette familiarité et cette continuité sont garants de certitudes et de repères solides qui manquent dans un régime républicain où personne n’est capable de savoir qui gouvernera dans 10 ans! La République est un régime abstrait ou personne ne gouverne puisque tout le monde gouverne. L’instinct monarchique du peuple n’est donc pas simplement une nostalgie mais l’intuition fondamentale de la nécessité de bornes.

Péguy disait déjà «La République, notre royaume de France»: n’existe-t-il pas une forme de monarchie républicaine, notamment incarnée dans la Vème République voulue par le général de Gaulle en 1958? La Vème République constitue incontestablement un ersatz de monarchie, le général de Gaulle employait lui-même la formule de «monarchie républicaine». Il attribuait à l’absence de monarque, de chef, l’abdication de la Troisième République face à l’Allemagne ainsi que l’instabilité permanente de l’IVème. Pendant la Troisième République on a eu constamment la recherche d’un père, d’un chef: de grandes figures naissent: Gambetta, Ferry, Boulanger, Clémenceau.. mais ils finissent tous par être avalés, recouverts par le système. Si la Vème République a pu fonctionner de manière durable et efficace, c’est parce que c’est une combinaison de République et de monarchie. C’est ce qui lui a permis sa grande stabilité et sa légitimité.

Faut-il voir dans l’impopularité grandissante de François Hollande le désir profond des Français d’avoir un monarque plutôt qu’un «président normal»?

En effet, François Hollande n’est pas un monarque, il n’habite pas la fonction présidentielle telle que définie par de Gaulle qui consistait à décider des grands axes de la politique du pays. Faire l’aller-retour en voiture à Tulle pour aller voter aux élections européennes, avec tout un staff derrière qui trimballe la valise nucléaire, c’est ridicule et contraire à la fonction monarchique propre au président de la Vème République. Peut-être est-ce un mal corrézien: il se fait ainsi l’héritier de Chirac II (2002-2007) qui était alors un roi fainéant digne de l’époque mérovingienne. Quand le monarque ne fait plus son boulot de monarque, cela donne une raison de plus aux Français d’être nostalgiques, cette fois de la monarchie tronquée de 1958.

Frédéric Rouvillois dans Le Figaro

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