La couronne est l’objet le plus symbolique des insignes royaux ou régalia, intervenant dans la cérémonie du sacre des rois de France à Reims. Lors de chaque sacre, on réalisa pour le nouveau souverain appelé à régner, deux couronnes personnelles, propres à chaque souverain, que celui-ci ceignait  lors de la cérémonie du sacre, la première en or émaillé, la seconde en argent doré et à partir de 1722, ornée des diamants les plus prestigieux de la collection royale.

Durant l’ancienne monarchie, toutes les couronnes des rois furent successivement déposées au Trésor de l’abbaye Saint-Denis. Malheureusement, lors de la Révolution française,  toutes les couronnes royales furent perdues, volées ou détruites et la couronne de sacre de Louis XV est aujourd’hui la seule à avoir survécu. En 1887, la Troisième République (1870-1940) décida de vendre les joyaux présents sur la couronne de Louis XV mais compte tenu de son importance historique, la couronne fut conservée, même si les pierres précieuses furent remplacées par du verre.

 

La Couronne d’Henri IV

Après l’accession d’Henri IV au trône de France, le , le roi abjure solennellement le protestantisme, le 25 juillet 1593 en la basilique Saint-Denis. Mais, en pleine huitième guerre de religion, le camp catholique est très réticent à laisser un ancien protestant se faire sacrer, événement très important pour le nouveau roi ; Reims et ses regalias sont toujours aux mains des ligueurs, ainsi que le trésor de Saint-Denis, détenu à Paris. Il faut donc pour le sacre du roi une autre huile sainte, fabriquer de nouveaux habits royaux, deux couronnes, un sceptre et une main de justice, transféré plus tard à Saint-Denis après la reconquête du royaume.

Cette couronne réalisée pour le sacre d’Henri IV à Chartres était à 12 demi-arches ornées de feuilles, avec 6 fleurs de lys et 6 feuilles de persil ; 6 émaux rouges et 6 émaux bleus, imitant rubis et saphirs, étaient séparés par des boules d’émail blanc imitant des perles. À noter qu’il existait une deuxième couronne d’Henri IV ː elle était identique à la première, mais faite en vermeil et non plus en or, et sans les arches partant des fleurs de lys et de fleurs de persil. Plus légère, elle fut utilisée lors du banquet suivant le sacre. Les deux couronnes furent fondues en 1793.

 

La Couronne de Louis XIII

Pour le sacre de Louis XIII, deux nouvelles couronnes – une en or et une autre en vermeil – furent réalisés ; elles étaient plus petites que celles d’Henri IV, car destinées à être sur la tête d’un Roi enfant (Louis XIII ayant à peine neuf ans, lors de son sacre en la cathédrale de Reims le ). Elles étaient basées sur le même modèle que leurs prédécesseures ː un bandeau comportant de vraies et fausses pierres précieuses (le trésors royal ayant été vidé par la régente et ses sbires) , 6 fleur de lys et 6 fleurs de persil, en or avec des branches fermant la couronne pour l’une, mais la couronne en vermeil possédait cette fois des branches. Là aussi, on ne sait pas grand-chose sur les pierres précieuses. Elles sont représentées sur la planche II des gravures de Michel Félibien du trésor de Saint-Denis , et il est très probable que la couronne que tient Louis XIII dans ses mains sur le tableau « La consécration de la France à la Vierge par Louis XIII » , par Philippe de Champaigne, soit une version agrandie de la couronne d’or de son sacre – vu que la vraie n’était pas à la taille de sa tête adulte, mais de sa tête d’enfant. Également détruites lors de la Révolution.

 

La Couronne de Louis XIV

Le roi Louis XIV, est sacré le à l’âge de 15 ans. Deux nouvelles couronnes furent créées par le joaillier Alexandre Courtois. Plus ornées que les couronnes de Louis XIII, elles avaient cependant la même composition ː sur le bandeau, la couronne d’or avait des pierres précieuses et de l’or coloré imitant d’autres pierres. Les branches avaient pour base sur le bandeau non plus 6 fleurs de lys et 6 fleurs de persil, mais 12 fleurs de lys, jointes par des perles.

Elle pesait un kilo. La couronne de vermeil, également fermée, fut sertie pour la cérémonie – probablement le festin – de pierres précieuses inconnues, lesquelles furent retirées et remplacées par des copies en cristal de roche et verre teinté après que le roi, selon la tradition, eut légué ses couronnes au trésor de Saint-Denis. Une technique reprise pour la couronne de Louis XV. Elle pesait 600 grammes. Représentées sur la planche III des gravures de Félibien, on aperçoit la couronne d’or en arrière-plan du célèbre portrait de Louis XIV par Hyacinthe Rigaud. Comme les autres, elles furent fondues en 1793.

 

La Couronne de Louis XV

Pour le sacre du jeune Louis XV, le (le roi avait 12 ans), toutes les précédentes couronnes, essayées, n’allèrent pas ; on en fit faire d’autres. La couronne d’or se composait d’un bandeau en or ouvragé, serti de pierres précieuses et bordé de rangées de perles. Du bandeau partait 6 fleurs de tournesols et 6 fleurs de lys, toutes en or, et des branches en palmes de lauriers et grappes de raisins – toujours en or – partant des fleurs de lys et fermant la couronne en une grande fleur de lys en or. Contrairement aux précédentes couronnes, on la voit distinctement sur un tableau, le dernier portrait de Louis XV par Rigaud, réalisé en 1730.

 Elle est conservée actuellement dans la Galerie d’Apollon dans le Musée du Louvre à Paris. Jusqu’au début du XVIIIe siècle les rois de France portaient des couronnes peu décorées par de vraies pierres précieuses. Louis XV est à l’origine du changement. En effet, la couronne utilisée lors de son sacre en 1722 avait été décorée par des diamants de la Collection Royale. Cette nouvelle couronne a été réalisée par Augustin Duflot , d’après les dessins de Claude Rondé, le joaillier de la Couronne qui a utilisé des diamants de la collection de Mazarin, le fameux Régent, 282 diamants, 64 pierres de couleur (saphirs, rubis, topazes et émeraudes) et 230 perles.

 

La Couronne de Louis XVI

Contrairement à ses trois prédécesseurs directs, Louis XVI est sacré à l’âge adulte, le . La couronne d’or fut réalisée par l’orfèvre du roi, Auguste, qui la réalisa en or 22 carats (poids total de 1345 g). Le couronne d’or est formée d’un bandeau enrichi d’ornements, de pierres précieuses et cerné de perles dorées, et surmontée de fleur-de-lys reliés par des ornements, dont s’échappaient des diadèmes (branches dont la forme évoque les diadèmes de lauriers antiques) en feuilles d’acanthe, sur lesquels se trouvent des perles. Les diadèmes se réunissent au sommet de la couronne pour former une sorte de chapiteau, sur lequel on trouve une double fleur-de-lys. Elle avait un bonnet intérieur cramoisi brodé d’or. On la reconnaît derrière le roi sur le célèbre portrait d’Antoine-François Callet.

La couronne de vermeil fut l’une des rares à ne pas être détruire à la Révolution, ayant déjà disparu avant ; créée pour le sacre par le joaillier Aubert, elle ne fut pas conservée après le sacre. Bernard Morel, dans son livre, indique qu’elle fut sûrement démontée pour ne pas avoir à réaliser des copies des nombreux diamants qui l’ornaient, le sacre ayant déjà coûté excessivement cher au vu de la situation des finances du royaume. Elle est décrite dans le livre du sacre comme ayant un bandeau cerné de perles constellé de 8 pierres précieuses et de 24 diamants. Bandeau surmonté de huit fleur-de-lys, dont la principale, frontale, ornée du Régent, dont s’échappaient des branches dont chacune avait des filets de perles entrecroisés, où on trouvait trois pierres précieuses de couleur et quatre diamants blancs. Au sommet, les branches se réunissaient en un socle sur lequel se trouvait une double fleur-de-lys, qui comportait en son sein le Sancy. Mis à part les branches et quelques détails comme l’emplacement de certaines pierres précieuses, elle ressemblait fortement à la couronne de vermeil de Louis XV.

 

La Couronne de Louis XVIII

Le roi Louis XVIII ne se fit pas sacrer à Reims comme ses prédécesseurs, en conséquence, le roi ne fit pas réaliser de nouvelles couronnes comme l’aurait voulu la tradition royale, mais néanmoins, pour les besoins protocolaires, le roi fit réaliser une couronne en argent doré, inspiré de la couronne de son frère le roi Louis XVI ; c’est cette couronne que l’on peut apercevoir sur le portrait officiel du Roi portant le manteau d’un sacre qui n’aura jamais eu lieu.

En 1821, pour l’anniversaire de la mort de son frère et de sa belle-sœur ; Louis XVI et Marie-Antoinette ; le roi fit reconstituer plusieurs régalias de la couronne, ainsi que deux couronnes en bronze doré. Aujourd’hui ces régalias funéraires sont conservés et exposés au public à St Denis.

 

 

La Couronne de Charles X

Le roi Charles X fut le dernier roi de France à se faire sacrer à Reims. Le roi fit réaliser pour l’occasion plusieurs couronnes, dont celle avec laquelle il est représenté portant le manteau de son sacre : une couronne de saphirs et de diamants surmontés du célèbre « Régent » qu’il ne porta qu’à la sortie de la cathédrale et pendant le festin qui suivit la cérémonie. Cette fameuse couronne était une reconstitution de celle qui figurait dans « Les monuments de la monarchie française » de Bernard de Montfaucon paru en 1729.

 

Cette couronne, fut la dernière couronne royale réalisée en France, démontée en 1854 à l’occasion de la vente des diamants de la Couronne, la monture fut détruite en 1886-1887 par les employés des Domaines.

 

 

La Couronne de Louis Philippe

Suite à la révolution des « Trois Glorieuses »,  Louis-Philippe est proclamé Roi des Français, le 9 août 1830, par la Chambre des députés.  Ce titre, déjà porté par Louis XVI de 1789 à 1792, lie  la nouvelle monarchie populaire directement au peuple de France, et non plus au pays, au territoire.

Le Roi Louis-Philippe, ne fit pas réaliser de nouvelle couronne suite à son avènement, néanmoins, sur le portrait officiel du roi peint par Winterhalter le monarque pose comme ses prédécesseurs à côté d’une couronne fermée… Il s’agit en réalité de la couronne des régalias funéraires de Louis XVIII.

Cette couronne représentée ici, n’est pas totalement conforme à l’originale, en effet à la demande du roi, l’artiste  représenta la couronne avec, à son sommet, un globe surmonté d’une petite croix, tandis que l’original, elle, était surmontée d’une imposante fleurs de lys… Mais, l’illusion est parfaite et le public pouvait croire à une véritable couronne en contemplant le tableau. Cette couronne est aujourd’hui conservée avec l’ensemble des régalias funéraires de Louis XVIII dans les trésors de St Denis.

 

À lire également : La couronne de Louis XV, la dernière couronne royale de France

Sources : Wikipédia et le site du Ministère de la culture


J. Auroux

Aidez-nous à faire connaître cet article en le partageant sur les réseaux sociaux.