Le 2 février 1890, la IIIe République fait incarcérer l'héritier du Comte de Paris

En 1889, l’effondrement du Boulangisme rejaillit sur Philippe VII de France qui sort discrédité de son soutien au « général revanche ». Tandis que le prétendant s’enferme de plus en plus dans la tristesse, en France, certains royalistes cherchent donc à mettre en avant son fils aîné, dont la popularité n’a nullement été entamée par l’affaire Boulanger. Or, en 1890, le « duc d’Orléans » atteint l’âge de vingt et un ans, ce qui devrait théoriquement l’obliger à réaliser son service militaire en France, s’il n’était pas exilé. Arthur Meyer, directeur du journal conservateur Le Gaulois, et le duc de Luynes imaginent donc de le convaincre de rentrer illégalement en France afin d’y demander officiellement à la République la permission d’effectuer son service. Le jeune homme accepte immédiatement la proposition et cela sans en demander la permission à son père.

Le 2 février, il se rend donc à Paris et se présente au bureau du recrutement, à la mairie du VIIe arrondissement puis au Ministère de la Guerre, pour se faire incorporer mais, à chaque fois, il se heurte à une fin de non recevoir de la part de l’administration. Enfin, le soir-même, il est arrêté dans la résidence du duc de Luynes, rue Saint-Dominique. C’est seulement à ce moment que le comte de Paris est averti par télégramme de l’aventure de son fils. Le prétendant est alors ulcéré de ne pas avoir été prévenu de ce qui se tramait mais ne laisse pas transparaître publiquement son mécontentement. En attendant son jugement, le « duc d’Orléans » est incarcéré à la Conciergerie, où le duc de Luynes lui fait livrer de somptueux repas. Rapidement, la presse républicaine en reproduit les menus et, conscient de l’effet négatif qu’un tel traitement pourrait provoquer, le prince déclare publiquement qu’il « ne demande que la gamelle du soldat ». L’expression connaît immédiatement un grand succès et le prince en retire le surnom populaire de « Prince Gamelle », qui le suivra toute sa vie et qui inspirera à Anatole France le sobriquet de « Trublion » à partir du grec ancien τρύβλιον, « écuelle »

 

«  La prison est moins dure que l’exil, car la prison c’est encore la terre de France  »

Le 2 février 1890, la IIIe République fait incarcérer l'héritier du Comte de Paris

Le 12 février, le « duc d’Orléans » est finalement jugé et condamné à une peine de deux ans d’incarcération pour être revenu dans son pays malgré la loi d’exil. Il est donc conduit à la prison de Clairvaux le 25 février, mais il y reçoit un traitement spécial. L’administration lui fournit en effet un logement de deux pièces meublées et un gardien à son service. Il se fait par ailleurs livrer ses repas de l’extérieur et reçoit de nombreuses visites : celles de sa mère, la princesse Marie-Isabelle d’Orléans, mais également celles de diverses jeunes femmes (comme la danseuse Émilienne d’Alençon ou la chanteuse Nellie Melba) avec lesquelles il entretient des liaisons. Cependant, après quatre mois de captivité, il est amnistié par le président de la République Sadi Carnot et reconduit à la frontière le 4 juin 1890. De ces événements, le parti royaliste sort quelque-peu renforcé, mais pas assez pour faire véritablement trembler la IIIe République. Quant au « duc d’Orléans », il ne revoit plus jamais la France, après cet événement, mais reste proche des milieux de l’aristocratie qui viennent le voir, comme le comte de Gramont. Après ce coup d’éclat, Philippe d’Orléans reprend ses voyages. Avec son père, le comte de Paris, il se rend aux États-Unis pour visiter les champs de bataille sur lesquels le chef de la Maison de France a combattu lors de la guerre de Sécession. Puis, les deux princes se rendent dans la province de Québec pour découvrir la Nouvelle-France.

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